Les habitants de Dembéni et d’Iloni plus que jamais divisés suites aux affrontements entre groupes de jeunes rivaux (1/2)

La mort d’un lycéen, le vendredi 21 février, lors d’affrontements entre bandes rivales de Dembéni et d’Iloni, a plongé les habitants des deux villages dans la peur. Les familles se rejettent la responsabilité et tout dialogue semble rompu. Le conflit qui oppose les deux bandes depuis plusieurs années est loin de s’apaiser.
Une voiture calcinée suite aux affrontements entre bandes rivales sur les hauteurs du village d’Iloni.
Dembéni, Mayotte

En ce début de matinée, lundi 24 février, dans le centre-ville de Dembéni, les habitants font la queue à la boulangerie pour chercher leur petit déjeuner. A côté, sur le parking municipal, de nombreuses familles viennent récupérer des bons alimentaires auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la ville, tandis que des hommes s’installent aux tables à l’ombre pour jouer aux cartes.

Au lendemain d’une nouvelle nuit d’affrontements entre les jeunes de Dembéni et ceux d’Iloni, trois jours après la mort d’un jeune lycéen, lynché sur la nationale, les habitants reprennent leurs activités tant bien que mal. La plupart ont encore en tête les images de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant le jeune homme abandonné à son sort au milieu de la route, juste avant de mourir des coups de ses assaillants cagoulés.

Une rue du centre-ville de Dembéni le 24 février 2025, 3 jours après la mort d’un lycéen lynché sur la route suite à des affrontements entre bandes rivales. Des enfants jouent au football, les parents ont refusé de les ramener à l’école par peur pour leur sécurité.
“J’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche”

La veille, dimanche 23 février, les parents d’élèves de la commune se sont réunis et ont décidé d’interdire à leurs enfants de se rendre au lycée de Tsararano et au collège d’Iloni, de part et d’autre de la commune de Dembéni, craignant pour leur sécurité.

Ce matin, les adolescents se retrouvent donc dans la rue pour jouer au football ou faire du vélo. Questionnés sur le conflit entre les jeunes des deux communes voisines, la plupart ne souhaitent pas s’exprimer, par peur de représailles. Le regard dans le vide, certains semblent touchés par l’émotion.

Quand j’ai quitté les cours vendredi vers 14h j’ai vu des jets de pierre”, se rappelle Diawadi, 14 ans, “puis j’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche pour tirer sur un garçon avec de la ferraille. Je ne pense pas que cela va s’arrêter, j’ai peur, je ne pense qu’à partir en métropole, ici c’est terrible”, ajoute le garçon encore choqué.

Diawadi, 14 ans, et son ami Elanrifdine, 13 ans, observent la commune de Dembéni depuis les hauteurs.  La frontière entre Dembéni et Iloni où les affrontements font rage. La population reste cloîtrée par peur de se retrouver au milieu des combats.

Les habitants se renvoient la responsabilité, le dialogue est rompu

En plein centre de Dembéni les habitants vivent dans la peur. Ils sont restés cloîtrés chez eux tout le week-end, et comptent le faire dans les jours et les semaines à venir. “A partir de 17h00 on s’enferme, mes enfants ont crié toute la nuit à cause des combats et des gaz lacrymogènes qui sont rentrés dans la maison”, témoigne une résidente du quartier. “J’ai cru que les gendarmes allaient mourir tellement que c’était violent. Ils étaient coincés contre le mur de ma maison”, raconte une voisine. Des pierres et des projectiles en tous genres sont encore visibles de part et d’autre de la route.

Entre les familles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”

Les affrontements ne sont pas nouveaux, mais désormais le dialogue entre les familles des deux communes semble être complètement rompu, chacune se renvoyant la responsabilité du conflit, vis-à-vis de leurs enfants respectifs. “Ils ne veulent pas reconnaître que c’est eux qui ont commencé, ils n’osent pas dire à leurs enfants de s’arrêter”, lance exaspérée une habitante de Dembéni. “C’est eux qui ont commencé, pas nous. Ils ont seulement eu deux voitures brûlées, le reste des dégâts c’est chez nous. Nous on essaye juste de nous défendre”, lui répond indirectement un résident d’Iloni, assis sous l’ombrelle à côté du rond-point. “On a fait plein de négociations, des marches de sensibilisation mais ça ne fonctionne pas. On a des délinquants ici, on ne nie pas, mais nous quand on leur dit de s’arrêter, ils le font”, ajoute un autre homme d’Iloni.

Les deux hommes constatent que les relations avec les habitants de Dembéni sont au point mort et ils ne semblent pas prêt à vouloir faire changer les choses. “C’est à la mairie de trouver une solution. Elle seule peut faire quelque chose parce que les familles entre elles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”, conclut l’homme en haussant les épaules.

Si la mairie a lancé un appel à la mobilisation de tous et à la responsabilité de chacun dans un communiqué samedi, elle n’a pas donné d’éléments de réponses sur ce qu’il adviendra des prochains jours et notamment sur la réouverture des écoles.

La rivière qui traverse la commune de Dembéni.  L'ombrelle installée à côté du rond-point d’Iloni, lieu de rencontre entre bandes rivales.

Le lycée, zone de tension

En attendant, les drames et les règlements de comptes se poursuivent de part et d’autre de la “frontière” fictive entre les deux communes, délimitée par les hauteurs aux abords de l’université de Mayotte.

Samedi 22 février, au lycée de Tsararano, alors qu’elle était seule aux toilettes, Raïza Djadjou, une lycéenne en première, a été agressée par plusieurs élèves qui lui ont lancé des pierres. “Je suis tombée par terre et ils ont commencé à casser mon pied avec des cailloux. Je me suis évanouie, et quand je me suis réveillée j’étais à l’infirmerie”, raconte la jeune fille de 16 ans, assise devant sa maison dans le village de Dembéni. “Je devais passer mon bac de français, mais je ne vais plus y aller le temps que la sécurité n’est pas assurée”, continue Raïza qui compte prendre rendez-vous auprès d’un psychologue. “Des fois on entend des histoires avec des vélos, des chiens, même des sandwichs, mais je ne sais pas du tout pourquoi ils se battent entre eux”.

Des restes de projectiles dans un quartier de Dembéni. Lorsque les enfants des deux villages se rendent à l'école, les tensions montent. Les affrontements commencent pour des raisons futiles et personne ne semble avoir la solution pour les arrêter.
“Je n’ai pas peur de mourir, maintenant c’est à eux de répondre”

“Vous voyez sur les hauteurs là-bas c’est dangereux c’est là limite entre Iloni et Dembéni, il ne faut pas y aller”, pointe du doigt Elanrifdine, 13 ans. En début d’année, son frère a été touché à la tête par une barre de fer. Le garçon de 15 ans est désormais hospitalisé à La Réunion en état hémiplégique, une moitié du corps paralysée, et Elanrifdine ne sait pas s’il le reverra à Mayotte un jour. “Mes parents m’interdisent de me battre pour me venger, et je ne veux pas le faire”, insiste-t-il.

Près du terrain de football d’Iloni, un groupe de jeunes est approché par la gendarmerie. Les militaires leur demandent de les prévenir s’ils voient d’autres jeunes descendre des hauteurs, afin de protéger la population. Le groupe montre son approbation sans dire un mot. “On ne veut pas des gendarmes ici”, lance un garçon, qui semble être le leader, une fois la camionnette partie. “Je ne veux pas que les affrontements s’arrêtent, je suis prêt à défendre mon quartier. Je n’ai pas peur de mourir”, affirme-t-il sans hésiter, tandis que ses amis rient à ses côtés. “On a augmenté le score, on en a tué un, maintenant c’est à eux de répondre”.

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En ce début de matinée, lundi 24 février, dans le centre-ville de Dembéni, les habitants font la queue à la boulangerie pour chercher leur petit déjeuner. A côté, sur le parking municipal, de nombreuses familles viennent récupérer des bons alimentaires auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la ville, tandis que des hommes s’installent aux tables à l’ombre pour jouer aux cartes.

Au lendemain d’une nouvelle nuit d’affrontements entre les jeunes de Dembéni et ceux d’Iloni, trois jours après la mort d’un jeune lycéen, lynché sur la nationale, les habitants reprennent leurs activités tant bien que mal. La plupart ont encore en tête les images de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant le jeune homme abandonné à son sort au milieu de la route, juste avant de mourir des coups de ses assaillants cagoulés.

Une rue du centre-ville de Dembéni le 24 février 2025, 3 jours après la mort d’un lycéen lynché sur la route suite à des affrontements entre bandes rivales. Des enfants jouent au football, les parents ont refusé de les ramener à l’école par peur pour leur sécurité.
“J’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche”

La veille, dimanche 23 février, les parents d’élèves de la commune se sont réunis et ont décidé d’interdire à leurs enfants de se rendre au lycée de Tsararano et au collège d’Iloni, de part et d’autre de la commune de Dembéni, craignant pour leur sécurité.

Ce matin, les adolescents se retrouvent donc dans la rue pour jouer au football ou faire du vélo. Questionnés sur le conflit entre les jeunes des deux communes voisines, la plupart ne souhaitent pas s’exprimer, par peur de représailles. Le regard dans le vide, certains semblent touchés par l’émotion.

Quand j’ai quitté les cours vendredi vers 14h j’ai vu des jets de pierre”, se rappelle Diawadi, 14 ans, “puis j’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche pour tirer sur un garçon avec de la ferraille. Je ne pense pas que cela va s’arrêter, j’ai peur, je ne pense qu’à partir en métropole, ici c’est terrible”, ajoute le garçon encore choqué.

Diawadi, 14 ans, et son ami Elanrifdine, 13 ans, observent la commune de Dembéni depuis les hauteurs.  La frontière entre Dembéni et Iloni où les affrontements font rage. La population reste cloîtrée par peur de se retrouver au milieu des combats.

Les habitants se renvoient la responsabilité, le dialogue est rompu

En plein centre de Dembéni les habitants vivent dans la peur. Ils sont restés cloîtrés chez eux tout le week-end, et comptent le faire dans les jours et les semaines à venir. “A partir de 17h00 on s’enferme, mes enfants ont crié toute la nuit à cause des combats et des gaz lacrymogènes qui sont rentrés dans la maison”, témoigne une résidente du quartier. “J’ai cru que les gendarmes allaient mourir tellement que c’était violent. Ils étaient coincés contre le mur de ma maison”, raconte une voisine. Des pierres et des projectiles en tous genres sont encore visibles de part et d’autre de la route.

Entre les familles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”

Les affrontements ne sont pas nouveaux, mais désormais le dialogue entre les familles des deux communes semble être complètement rompu, chacune se renvoyant la responsabilité du conflit, vis-à-vis de leurs enfants respectifs. “Ils ne veulent pas reconnaître que c’est eux qui ont commencé, ils n’osent pas dire à leurs enfants de s’arrêter”, lance exaspérée une habitante de Dembéni. “C’est eux qui ont commencé, pas nous. Ils ont seulement eu deux voitures brûlées, le reste des dégâts c’est chez nous. Nous on essaye juste de nous défendre”, lui répond indirectement un résident d’Iloni, assis sous l’ombrelle à côté du rond-point. “On a fait plein de négociations, des marches de sensibilisation mais ça ne fonctionne pas. On a des délinquants ici, on ne nie pas, mais nous quand on leur dit de s’arrêter, ils le font”, ajoute un autre homme d’Iloni.

Les deux hommes constatent que les relations avec les habitants de Dembéni sont au point mort et ils ne semblent pas prêt à vouloir faire changer les choses. “C’est à la mairie de trouver une solution. Elle seule peut faire quelque chose parce que les familles entre elles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”, conclut l’homme en haussant les épaules.

Si la mairie a lancé un appel à la mobilisation de tous et à la responsabilité de chacun dans un communiqué samedi, elle n’a pas donné d’éléments de réponses sur ce qu’il adviendra des prochains jours et notamment sur la réouverture des écoles.

La rivière qui traverse la commune de Dembéni.  L'ombrelle installée à côté du rond-point d’Iloni, lieu de rencontre entre bandes rivales.

Le lycée, zone de tension

En attendant, les drames et les règlements de comptes se poursuivent de part et d’autre de la “frontière” fictive entre les deux communes, délimitée par les hauteurs aux abords de l’université de Mayotte.

Samedi 22 février, au lycée de Tsararano, alors qu’elle était seule aux toilettes, Raïza Djadjou, une lycéenne en première, a été agressée par plusieurs élèves qui lui ont lancé des pierres. “Je suis tombée par terre et ils ont commencé à casser mon pied avec des cailloux. Je me suis évanouie, et quand je me suis réveillée j’étais à l’infirmerie”, raconte la jeune fille de 16 ans, assise devant sa maison dans le village de Dembéni. “Je devais passer mon bac de français, mais je ne vais plus y aller le temps que la sécurité n’est pas assurée”, continue Raïza qui compte prendre rendez-vous auprès d’un psychologue. “Des fois on entend des histoires avec des vélos, des chiens, même des sandwichs, mais je ne sais pas du tout pourquoi ils se battent entre eux”.

Des restes de projectiles dans un quartier de Dembéni. Lorsque les enfants des deux villages se rendent à l'école, les tensions montent. Les affrontements commencent pour des raisons futiles et personne ne semble avoir la solution pour les arrêter.
“Je n’ai pas peur de mourir, maintenant c’est à eux de répondre”

“Vous voyez sur les hauteurs là-bas c’est dangereux c’est là limite entre Iloni et Dembéni, il ne faut pas y aller”, pointe du doigt Elanrifdine, 13 ans. En début d’année, son frère a été touché à la tête par une barre de fer. Le garçon de 15 ans est désormais hospitalisé à La Réunion en état hémiplégique, une moitié du corps paralysée, et Elanrifdine ne sait pas s’il le reverra à Mayotte un jour. “Mes parents m’interdisent de me battre pour me venger, et je ne veux pas le faire”, insiste-t-il.

Près du terrain de football d’Iloni, un groupe de jeunes est approché par la gendarmerie. Les militaires leur demandent de les prévenir s’ils voient d’autres jeunes descendre des hauteurs, afin de protéger la population. Le groupe montre son approbation sans dire un mot. “On ne veut pas des gendarmes ici”, lance un garçon, qui semble être le leader, une fois la camionnette partie. “Je ne veux pas que les affrontements s’arrêtent, je suis prêt à défendre mon quartier. Je n’ai pas peur de mourir”, affirme-t-il sans hésiter, tandis que ses amis rient à ses côtés. “On a augmenté le score, on en a tué un, maintenant c’est à eux de répondre”.

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Au lendemain d’une nouvelle nuit d’affrontements entre les jeunes de Dembéni et ceux d’Iloni, trois jours après la mort d’un jeune lycéen, lynché sur la nationale, les habitants reprennent leurs activités tant bien que mal. La plupart ont encore en tête les images de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant le jeune homme abandonné à son sort au milieu de la route, juste avant de mourir des coups de ses assaillants cagoulés.

Une rue du centre-ville de Dembéni le 24 février 2025, 3 jours après la mort d’un lycéen lynché sur la route suite à des affrontements entre bandes rivales. Des enfants jouent au football, les parents ont refusé de les ramener à l’école par peur pour leur sécurité.
“J’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche”

La veille, dimanche 23 février, les parents d’élèves de la commune se sont réunis et ont décidé d’interdire à leurs enfants de se rendre au lycée de Tsararano et au collège d’Iloni, de part et d’autre de la commune de Dembéni, craignant pour leur sécurité.

Ce matin, les adolescents se retrouvent donc dans la rue pour jouer au football ou faire du vélo. Questionnés sur le conflit entre les jeunes des deux communes voisines, la plupart ne souhaitent pas s’exprimer, par peur de représailles. Le regard dans le vide, certains semblent touchés par l’émotion.

Quand j’ai quitté les cours vendredi vers 14h j’ai vu des jets de pierre”, se rappelle Diawadi, 14 ans, “puis j’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche pour tirer sur un garçon avec de la ferraille. Je ne pense pas que cela va s’arrêter, j’ai peur, je ne pense qu’à partir en métropole, ici c’est terrible”, ajoute le garçon encore choqué.

Diawadi, 14 ans, et son ami Elanrifdine, 13 ans, observent la commune de Dembéni depuis les hauteurs.  La frontière entre Dembéni et Iloni où les affrontements font rage. La population reste cloîtrée par peur de se retrouver au milieu des combats.

Les habitants se renvoient la responsabilité, le dialogue est rompu

En plein centre de Dembéni les habitants vivent dans la peur. Ils sont restés cloîtrés chez eux tout le week-end, et comptent le faire dans les jours et les semaines à venir. “A partir de 17h00 on s’enferme, mes enfants ont crié toute la nuit à cause des combats et des gaz lacrymogènes qui sont rentrés dans la maison”, témoigne une résidente du quartier. “J’ai cru que les gendarmes allaient mourir tellement que c’était violent. Ils étaient coincés contre le mur de ma maison”, raconte une voisine. Des pierres et des projectiles en tous genres sont encore visibles de part et d’autre de la route.

Entre les familles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”

Les affrontements ne sont pas nouveaux, mais désormais le dialogue entre les familles des deux communes semble être complètement rompu, chacune se renvoyant la responsabilité du conflit, vis-à-vis de leurs enfants respectifs. “Ils ne veulent pas reconnaître que c’est eux qui ont commencé, ils n’osent pas dire à leurs enfants de s’arrêter”, lance exaspérée une habitante de Dembéni. “C’est eux qui ont commencé, pas nous. Ils ont seulement eu deux voitures brûlées, le reste des dégâts c’est chez nous. Nous on essaye juste de nous défendre”, lui répond indirectement un résident d’Iloni, assis sous l’ombrelle à côté du rond-point. “On a fait plein de négociations, des marches de sensibilisation mais ça ne fonctionne pas. On a des délinquants ici, on ne nie pas, mais nous quand on leur dit de s’arrêter, ils le font”, ajoute un autre homme d’Iloni.

Les deux hommes constatent que les relations avec les habitants de Dembéni sont au point mort et ils ne semblent pas prêt à vouloir faire changer les choses. “C’est à la mairie de trouver une solution. Elle seule peut faire quelque chose parce que les familles entre elles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”, conclut l’homme en haussant les épaules.

Si la mairie a lancé un appel à la mobilisation de tous et à la responsabilité de chacun dans un communiqué samedi, elle n’a pas donné d’éléments de réponses sur ce qu’il adviendra des prochains jours et notamment sur la réouverture des écoles.

La rivière qui traverse la commune de Dembéni.  L'ombrelle installée à côté du rond-point d’Iloni, lieu de rencontre entre bandes rivales.

Le lycée, zone de tension

En attendant, les drames et les règlements de comptes se poursuivent de part et d’autre de la “frontière” fictive entre les deux communes, délimitée par les hauteurs aux abords de l’université de Mayotte.

Samedi 22 février, au lycée de Tsararano, alors qu’elle était seule aux toilettes, Raïza Djadjou, une lycéenne en première, a été agressée par plusieurs élèves qui lui ont lancé des pierres. “Je suis tombée par terre et ils ont commencé à casser mon pied avec des cailloux. Je me suis évanouie, et quand je me suis réveillée j’étais à l’infirmerie”, raconte la jeune fille de 16 ans, assise devant sa maison dans le village de Dembéni. “Je devais passer mon bac de français, mais je ne vais plus y aller le temps que la sécurité n’est pas assurée”, continue Raïza qui compte prendre rendez-vous auprès d’un psychologue. “Des fois on entend des histoires avec des vélos, des chiens, même des sandwichs, mais je ne sais pas du tout pourquoi ils se battent entre eux”.

Des restes de projectiles dans un quartier de Dembéni. Lorsque les enfants des deux villages se rendent à l'école, les tensions montent. Les affrontements commencent pour des raisons futiles et personne ne semble avoir la solution pour les arrêter.
“Je n’ai pas peur de mourir, maintenant c’est à eux de répondre”

“Vous voyez sur les hauteurs là-bas c’est dangereux c’est là limite entre Iloni et Dembéni, il ne faut pas y aller”, pointe du doigt Elanrifdine, 13 ans. En début d’année, son frère a été touché à la tête par une barre de fer. Le garçon de 15 ans est désormais hospitalisé à La Réunion en état hémiplégique, une moitié du corps paralysée, et Elanrifdine ne sait pas s’il le reverra à Mayotte un jour. “Mes parents m’interdisent de me battre pour me venger, et je ne veux pas le faire”, insiste-t-il.

Près du terrain de football d’Iloni, un groupe de jeunes est approché par la gendarmerie. Les militaires leur demandent de les prévenir s’ils voient d’autres jeunes descendre des hauteurs, afin de protéger la population. Le groupe montre son approbation sans dire un mot. “On ne veut pas des gendarmes ici”, lance un garçon, qui semble être le leader, une fois la camionnette partie. “Je ne veux pas que les affrontements s’arrêtent, je suis prêt à défendre mon quartier. Je n’ai pas peur de mourir”, affirme-t-il sans hésiter, tandis que ses amis rient à ses côtés. “On a augmenté le score, on en a tué un, maintenant c’est à eux de répondre”.

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En ce début de matinée, lundi 24 février, dans le centre-ville de Dembéni, les habitants font la queue à la boulangerie pour chercher leur petit déjeuner. A côté, sur le parking municipal, de nombreuses familles viennent récupérer des bons alimentaires auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la ville, tandis que des hommes s’installent aux tables à l’ombre pour jouer aux cartes.

Au lendemain d’une nouvelle nuit d’affrontements entre les jeunes de Dembéni et ceux d’Iloni, trois jours après la mort d’un jeune lycéen, lynché sur la nationale, les habitants reprennent leurs activités tant bien que mal. La plupart ont encore en tête les images de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant le jeune homme abandonné à son sort au milieu de la route, juste avant de mourir des coups de ses assaillants cagoulés.

Une rue du centre-ville de Dembéni le 24 février 2025, 3 jours après la mort d’un lycéen lynché sur la route suite à des affrontements entre bandes rivales. Des enfants jouent au football, les parents ont refusé de les ramener à l’école par peur pour leur sécurité.
“J’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche”

La veille, dimanche 23 février, les parents d’élèves de la commune se sont réunis et ont décidé d’interdire à leurs enfants de se rendre au lycée de Tsararano et au collège d’Iloni, de part et d’autre de la commune de Dembéni, craignant pour leur sécurité.

Ce matin, les adolescents se retrouvent donc dans la rue pour jouer au football ou faire du vélo. Questionnés sur le conflit entre les jeunes des deux communes voisines, la plupart ne souhaitent pas s’exprimer, par peur de représailles. Le regard dans le vide, certains semblent touchés par l’émotion.

Quand j’ai quitté les cours vendredi vers 14h j’ai vu des jets de pierre”, se rappelle Diawadi, 14 ans, “puis j’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche pour tirer sur un garçon avec de la ferraille. Je ne pense pas que cela va s’arrêter, j’ai peur, je ne pense qu’à partir en métropole, ici c’est terrible”, ajoute le garçon encore choqué.

Diawadi, 14 ans, et son ami Elanrifdine, 13 ans, observent la commune de Dembéni depuis les hauteurs.  La frontière entre Dembéni et Iloni où les affrontements font rage. La population reste cloîtrée par peur de se retrouver au milieu des combats.

Les habitants se renvoient la responsabilité, le dialogue est rompu

En plein centre de Dembéni les habitants vivent dans la peur. Ils sont restés cloîtrés chez eux tout le week-end, et comptent le faire dans les jours et les semaines à venir. “A partir de 17h00 on s’enferme, mes enfants ont crié toute la nuit à cause des combats et des gaz lacrymogènes qui sont rentrés dans la maison”, témoigne une résidente du quartier. “J’ai cru que les gendarmes allaient mourir tellement que c’était violent. Ils étaient coincés contre le mur de ma maison”, raconte une voisine. Des pierres et des projectiles en tous genres sont encore visibles de part et d’autre de la route.

Entre les familles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”

Les affrontements ne sont pas nouveaux, mais désormais le dialogue entre les familles des deux communes semble être complètement rompu, chacune se renvoyant la responsabilité du conflit, vis-à-vis de leurs enfants respectifs. “Ils ne veulent pas reconnaître que c’est eux qui ont commencé, ils n’osent pas dire à leurs enfants de s’arrêter”, lance exaspérée une habitante de Dembéni. “C’est eux qui ont commencé, pas nous. Ils ont seulement eu deux voitures brûlées, le reste des dégâts c’est chez nous. Nous on essaye juste de nous défendre”, lui répond indirectement un résident d’Iloni, assis sous l’ombrelle à côté du rond-point. “On a fait plein de négociations, des marches de sensibilisation mais ça ne fonctionne pas. On a des délinquants ici, on ne nie pas, mais nous quand on leur dit de s’arrêter, ils le font”, ajoute un autre homme d’Iloni.

Les deux hommes constatent que les relations avec les habitants de Dembéni sont au point mort et ils ne semblent pas prêt à vouloir faire changer les choses. “C’est à la mairie de trouver une solution. Elle seule peut faire quelque chose parce que les familles entre elles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”, conclut l’homme en haussant les épaules.

Si la mairie a lancé un appel à la mobilisation de tous et à la responsabilité de chacun dans un communiqué samedi, elle n’a pas donné d’éléments de réponses sur ce qu’il adviendra des prochains jours et notamment sur la réouverture des écoles.

La rivière qui traverse la commune de Dembéni.  L'ombrelle installée à côté du rond-point d’Iloni, lieu de rencontre entre bandes rivales.

Le lycée, zone de tension

En attendant, les drames et les règlements de comptes se poursuivent de part et d’autre de la “frontière” fictive entre les deux communes, délimitée par les hauteurs aux abords de l’université de Mayotte.

Samedi 22 février, au lycée de Tsararano, alors qu’elle était seule aux toilettes, Raïza Djadjou, une lycéenne en première, a été agressée par plusieurs élèves qui lui ont lancé des pierres. “Je suis tombée par terre et ils ont commencé à casser mon pied avec des cailloux. Je me suis évanouie, et quand je me suis réveillée j’étais à l’infirmerie”, raconte la jeune fille de 16 ans, assise devant sa maison dans le village de Dembéni. “Je devais passer mon bac de français, mais je ne vais plus y aller le temps que la sécurité n’est pas assurée”, continue Raïza qui compte prendre rendez-vous auprès d’un psychologue. “Des fois on entend des histoires avec des vélos, des chiens, même des sandwichs, mais je ne sais pas du tout pourquoi ils se battent entre eux”.

Des restes de projectiles dans un quartier de Dembéni. Lorsque les enfants des deux villages se rendent à l'école, les tensions montent. Les affrontements commencent pour des raisons futiles et personne ne semble avoir la solution pour les arrêter.
“Je n’ai pas peur de mourir, maintenant c’est à eux de répondre”

“Vous voyez sur les hauteurs là-bas c’est dangereux c’est là limite entre Iloni et Dembéni, il ne faut pas y aller”, pointe du doigt Elanrifdine, 13 ans. En début d’année, son frère a été touché à la tête par une barre de fer. Le garçon de 15 ans est désormais hospitalisé à La Réunion en état hémiplégique, une moitié du corps paralysée, et Elanrifdine ne sait pas s’il le reverra à Mayotte un jour. “Mes parents m’interdisent de me battre pour me venger, et je ne veux pas le faire”, insiste-t-il.

Près du terrain de football d’Iloni, un groupe de jeunes est approché par la gendarmerie. Les militaires leur demandent de les prévenir s’ils voient d’autres jeunes descendre des hauteurs, afin de protéger la population. Le groupe montre son approbation sans dire un mot. “On ne veut pas des gendarmes ici”, lance un garçon, qui semble être le leader, une fois la camionnette partie. “Je ne veux pas que les affrontements s’arrêtent, je suis prêt à défendre mon quartier. Je n’ai pas peur de mourir”, affirme-t-il sans hésiter, tandis que ses amis rient à ses côtés. “On a augmenté le score, on en a tué un, maintenant c’est à eux de répondre”.

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En ce début de matinée, lundi 24 février, dans le centre-ville de Dembéni, les habitants font la queue à la boulangerie pour chercher leur petit déjeuner. A côté, sur le parking municipal, de nombreuses familles viennent récupérer des bons alimentaires auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la ville, tandis que des hommes s’installent aux tables à l’ombre pour jouer aux cartes.

Au lendemain d’une nouvelle nuit d’affrontements entre les jeunes de Dembéni et ceux d’Iloni, trois jours après la mort d’un jeune lycéen, lynché sur la nationale, les habitants reprennent leurs activités tant bien que mal. La plupart ont encore en tête les images de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant le jeune homme abandonné à son sort au milieu de la route, juste avant de mourir des coups de ses assaillants cagoulés.

Une rue du centre-ville de Dembéni le 24 février 2025, 3 jours après la mort d’un lycéen lynché sur la route suite à des affrontements entre bandes rivales. Des enfants jouent au football, les parents ont refusé de les ramener à l’école par peur pour leur sécurité.
“J’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche”

La veille, dimanche 23 février, les parents d’élèves de la commune se sont réunis et ont décidé d’interdire à leurs enfants de se rendre au lycée de Tsararano et au collège d’Iloni, de part et d’autre de la commune de Dembéni, craignant pour leur sécurité.

Ce matin, les adolescents se retrouvent donc dans la rue pour jouer au football ou faire du vélo. Questionnés sur le conflit entre les jeunes des deux communes voisines, la plupart ne souhaitent pas s’exprimer, par peur de représailles. Le regard dans le vide, certains semblent touchés par l’émotion.

Quand j’ai quitté les cours vendredi vers 14h j’ai vu des jets de pierre”, se rappelle Diawadi, 14 ans, “puis j’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche pour tirer sur un garçon avec de la ferraille. Je ne pense pas que cela va s’arrêter, j’ai peur, je ne pense qu’à partir en métropole, ici c’est terrible”, ajoute le garçon encore choqué.

Diawadi, 14 ans, et son ami Elanrifdine, 13 ans, observent la commune de Dembéni depuis les hauteurs.  La frontière entre Dembéni et Iloni où les affrontements font rage. La population reste cloîtrée par peur de se retrouver au milieu des combats.

Les habitants se renvoient la responsabilité, le dialogue est rompu

En plein centre de Dembéni les habitants vivent dans la peur. Ils sont restés cloîtrés chez eux tout le week-end, et comptent le faire dans les jours et les semaines à venir. “A partir de 17h00 on s’enferme, mes enfants ont crié toute la nuit à cause des combats et des gaz lacrymogènes qui sont rentrés dans la maison”, témoigne une résidente du quartier. “J’ai cru que les gendarmes allaient mourir tellement que c’était violent. Ils étaient coincés contre le mur de ma maison”, raconte une voisine. Des pierres et des projectiles en tous genres sont encore visibles de part et d’autre de la route.

Entre les familles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”

Les affrontements ne sont pas nouveaux, mais désormais le dialogue entre les familles des deux communes semble être complètement rompu, chacune se renvoyant la responsabilité du conflit, vis-à-vis de leurs enfants respectifs. “Ils ne veulent pas reconnaître que c’est eux qui ont commencé, ils n’osent pas dire à leurs enfants de s’arrêter”, lance exaspérée une habitante de Dembéni. “C’est eux qui ont commencé, pas nous. Ils ont seulement eu deux voitures brûlées, le reste des dégâts c’est chez nous. Nous on essaye juste de nous défendre”, lui répond indirectement un résident d’Iloni, assis sous l’ombrelle à côté du rond-point. “On a fait plein de négociations, des marches de sensibilisation mais ça ne fonctionne pas. On a des délinquants ici, on ne nie pas, mais nous quand on leur dit de s’arrêter, ils le font”, ajoute un autre homme d’Iloni.

Les deux hommes constatent que les relations avec les habitants de Dembéni sont au point mort et ils ne semblent pas prêt à vouloir faire changer les choses. “C’est à la mairie de trouver une solution. Elle seule peut faire quelque chose parce que les familles entre elles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”, conclut l’homme en haussant les épaules.

Si la mairie a lancé un appel à la mobilisation de tous et à la responsabilité de chacun dans un communiqué samedi, elle n’a pas donné d’éléments de réponses sur ce qu’il adviendra des prochains jours et notamment sur la réouverture des écoles.

La rivière qui traverse la commune de Dembéni.  L'ombrelle installée à côté du rond-point d’Iloni, lieu de rencontre entre bandes rivales.

Le lycée, zone de tension

En attendant, les drames et les règlements de comptes se poursuivent de part et d’autre de la “frontière” fictive entre les deux communes, délimitée par les hauteurs aux abords de l’université de Mayotte.

Samedi 22 février, au lycée de Tsararano, alors qu’elle était seule aux toilettes, Raïza Djadjou, une lycéenne en première, a été agressée par plusieurs élèves qui lui ont lancé des pierres. “Je suis tombée par terre et ils ont commencé à casser mon pied avec des cailloux. Je me suis évanouie, et quand je me suis réveillée j’étais à l’infirmerie”, raconte la jeune fille de 16 ans, assise devant sa maison dans le village de Dembéni. “Je devais passer mon bac de français, mais je ne vais plus y aller le temps que la sécurité n’est pas assurée”, continue Raïza qui compte prendre rendez-vous auprès d’un psychologue. “Des fois on entend des histoires avec des vélos, des chiens, même des sandwichs, mais je ne sais pas du tout pourquoi ils se battent entre eux”.

Des restes de projectiles dans un quartier de Dembéni. Lorsque les enfants des deux villages se rendent à l'école, les tensions montent. Les affrontements commencent pour des raisons futiles et personne ne semble avoir la solution pour les arrêter.
“Je n’ai pas peur de mourir, maintenant c’est à eux de répondre”

“Vous voyez sur les hauteurs là-bas c’est dangereux c’est là limite entre Iloni et Dembéni, il ne faut pas y aller”, pointe du doigt Elanrifdine, 13 ans. En début d’année, son frère a été touché à la tête par une barre de fer. Le garçon de 15 ans est désormais hospitalisé à La Réunion en état hémiplégique, une moitié du corps paralysée, et Elanrifdine ne sait pas s’il le reverra à Mayotte un jour. “Mes parents m’interdisent de me battre pour me venger, et je ne veux pas le faire”, insiste-t-il.

Près du terrain de football d’Iloni, un groupe de jeunes est approché par la gendarmerie. Les militaires leur demandent de les prévenir s’ils voient d’autres jeunes descendre des hauteurs, afin de protéger la population. Le groupe montre son approbation sans dire un mot. “On ne veut pas des gendarmes ici”, lance un garçon, qui semble être le leader, une fois la camionnette partie. “Je ne veux pas que les affrontements s’arrêtent, je suis prêt à défendre mon quartier. Je n’ai pas peur de mourir”, affirme-t-il sans hésiter, tandis que ses amis rient à ses côtés. “On a augmenté le score, on en a tué un, maintenant c’est à eux de répondre”.

No items found.

En ce début de matinée, lundi 24 février, dans le centre-ville de Dembéni, les habitants font la queue à la boulangerie pour chercher leur petit déjeuner. A côté, sur le parking municipal, de nombreuses familles viennent récupérer des bons alimentaires auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la ville, tandis que des hommes s’installent aux tables à l’ombre pour jouer aux cartes.

Au lendemain d’une nouvelle nuit d’affrontements entre les jeunes de Dembéni et ceux d’Iloni, trois jours après la mort d’un jeune lycéen, lynché sur la nationale, les habitants reprennent leurs activités tant bien que mal. La plupart ont encore en tête les images de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant le jeune homme abandonné à son sort au milieu de la route, juste avant de mourir des coups de ses assaillants cagoulés.

Une rue du centre-ville de Dembéni le 24 février 2025, 3 jours après la mort d’un lycéen lynché sur la route suite à des affrontements entre bandes rivales. Des enfants jouent au football, les parents ont refusé de les ramener à l’école par peur pour leur sécurité.
“J’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche”

La veille, dimanche 23 février, les parents d’élèves de la commune se sont réunis et ont décidé d’interdire à leurs enfants de se rendre au lycée de Tsararano et au collège d’Iloni, de part et d’autre de la commune de Dembéni, craignant pour leur sécurité.

Ce matin, les adolescents se retrouvent donc dans la rue pour jouer au football ou faire du vélo. Questionnés sur le conflit entre les jeunes des deux communes voisines, la plupart ne souhaitent pas s’exprimer, par peur de représailles. Le regard dans le vide, certains semblent touchés par l’émotion.

Quand j’ai quitté les cours vendredi vers 14h j’ai vu des jets de pierre”, se rappelle Diawadi, 14 ans, “puis j’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche pour tirer sur un garçon avec de la ferraille. Je ne pense pas que cela va s’arrêter, j’ai peur, je ne pense qu’à partir en métropole, ici c’est terrible”, ajoute le garçon encore choqué.

Diawadi, 14 ans, et son ami Elanrifdine, 13 ans, observent la commune de Dembéni depuis les hauteurs.  La frontière entre Dembéni et Iloni où les affrontements font rage. La population reste cloîtrée par peur de se retrouver au milieu des combats.

Les habitants se renvoient la responsabilité, le dialogue est rompu

En plein centre de Dembéni les habitants vivent dans la peur. Ils sont restés cloîtrés chez eux tout le week-end, et comptent le faire dans les jours et les semaines à venir. “A partir de 17h00 on s’enferme, mes enfants ont crié toute la nuit à cause des combats et des gaz lacrymogènes qui sont rentrés dans la maison”, témoigne une résidente du quartier. “J’ai cru que les gendarmes allaient mourir tellement que c’était violent. Ils étaient coincés contre le mur de ma maison”, raconte une voisine. Des pierres et des projectiles en tous genres sont encore visibles de part et d’autre de la route.

Entre les familles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”

Les affrontements ne sont pas nouveaux, mais désormais le dialogue entre les familles des deux communes semble être complètement rompu, chacune se renvoyant la responsabilité du conflit, vis-à-vis de leurs enfants respectifs. “Ils ne veulent pas reconnaître que c’est eux qui ont commencé, ils n’osent pas dire à leurs enfants de s’arrêter”, lance exaspérée une habitante de Dembéni. “C’est eux qui ont commencé, pas nous. Ils ont seulement eu deux voitures brûlées, le reste des dégâts c’est chez nous. Nous on essaye juste de nous défendre”, lui répond indirectement un résident d’Iloni, assis sous l’ombrelle à côté du rond-point. “On a fait plein de négociations, des marches de sensibilisation mais ça ne fonctionne pas. On a des délinquants ici, on ne nie pas, mais nous quand on leur dit de s’arrêter, ils le font”, ajoute un autre homme d’Iloni.

Les deux hommes constatent que les relations avec les habitants de Dembéni sont au point mort et ils ne semblent pas prêt à vouloir faire changer les choses. “C’est à la mairie de trouver une solution. Elle seule peut faire quelque chose parce que les familles entre elles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”, conclut l’homme en haussant les épaules.

Si la mairie a lancé un appel à la mobilisation de tous et à la responsabilité de chacun dans un communiqué samedi, elle n’a pas donné d’éléments de réponses sur ce qu’il adviendra des prochains jours et notamment sur la réouverture des écoles.

La rivière qui traverse la commune de Dembéni.  L'ombrelle installée à côté du rond-point d’Iloni, lieu de rencontre entre bandes rivales.

Le lycée, zone de tension

En attendant, les drames et les règlements de comptes se poursuivent de part et d’autre de la “frontière” fictive entre les deux communes, délimitée par les hauteurs aux abords de l’université de Mayotte.

Samedi 22 février, au lycée de Tsararano, alors qu’elle était seule aux toilettes, Raïza Djadjou, une lycéenne en première, a été agressée par plusieurs élèves qui lui ont lancé des pierres. “Je suis tombée par terre et ils ont commencé à casser mon pied avec des cailloux. Je me suis évanouie, et quand je me suis réveillée j’étais à l’infirmerie”, raconte la jeune fille de 16 ans, assise devant sa maison dans le village de Dembéni. “Je devais passer mon bac de français, mais je ne vais plus y aller le temps que la sécurité n’est pas assurée”, continue Raïza qui compte prendre rendez-vous auprès d’un psychologue. “Des fois on entend des histoires avec des vélos, des chiens, même des sandwichs, mais je ne sais pas du tout pourquoi ils se battent entre eux”.

Des restes de projectiles dans un quartier de Dembéni. Lorsque les enfants des deux villages se rendent à l'école, les tensions montent. Les affrontements commencent pour des raisons futiles et personne ne semble avoir la solution pour les arrêter.
“Je n’ai pas peur de mourir, maintenant c’est à eux de répondre”

“Vous voyez sur les hauteurs là-bas c’est dangereux c’est là limite entre Iloni et Dembéni, il ne faut pas y aller”, pointe du doigt Elanrifdine, 13 ans. En début d’année, son frère a été touché à la tête par une barre de fer. Le garçon de 15 ans est désormais hospitalisé à La Réunion en état hémiplégique, une moitié du corps paralysée, et Elanrifdine ne sait pas s’il le reverra à Mayotte un jour. “Mes parents m’interdisent de me battre pour me venger, et je ne veux pas le faire”, insiste-t-il.

Près du terrain de football d’Iloni, un groupe de jeunes est approché par la gendarmerie. Les militaires leur demandent de les prévenir s’ils voient d’autres jeunes descendre des hauteurs, afin de protéger la population. Le groupe montre son approbation sans dire un mot. “On ne veut pas des gendarmes ici”, lance un garçon, qui semble être le leader, une fois la camionnette partie. “Je ne veux pas que les affrontements s’arrêtent, je suis prêt à défendre mon quartier. Je n’ai pas peur de mourir”, affirme-t-il sans hésiter, tandis que ses amis rient à ses côtés. “On a augmenté le score, on en a tué un, maintenant c’est à eux de répondre”.

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En ce début de matinée, lundi 24 février, dans le centre-ville de Dembéni, les habitants font la queue à la boulangerie pour chercher leur petit déjeuner. A côté, sur le parking municipal, de nombreuses familles viennent récupérer des bons alimentaires auprès du Centre Communal d’Action Sociale (CCAS) de la ville, tandis que des hommes s’installent aux tables à l’ombre pour jouer aux cartes.

Au lendemain d’une nouvelle nuit d’affrontements entre les jeunes de Dembéni et ceux d’Iloni, trois jours après la mort d’un jeune lycéen, lynché sur la nationale, les habitants reprennent leurs activités tant bien que mal. La plupart ont encore en tête les images de la vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrant le jeune homme abandonné à son sort au milieu de la route, juste avant de mourir des coups de ses assaillants cagoulés.

Une rue du centre-ville de Dembéni le 24 février 2025, 3 jours après la mort d’un lycéen lynché sur la route suite à des affrontements entre bandes rivales. Des enfants jouent au football, les parents ont refusé de les ramener à l’école par peur pour leur sécurité.
“J’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche”

La veille, dimanche 23 février, les parents d’élèves de la commune se sont réunis et ont décidé d’interdire à leurs enfants de se rendre au lycée de Tsararano et au collège d’Iloni, de part et d’autre de la commune de Dembéni, craignant pour leur sécurité.

Ce matin, les adolescents se retrouvent donc dans la rue pour jouer au football ou faire du vélo. Questionnés sur le conflit entre les jeunes des deux communes voisines, la plupart ne souhaitent pas s’exprimer, par peur de représailles. Le regard dans le vide, certains semblent touchés par l’émotion.

Quand j’ai quitté les cours vendredi vers 14h j’ai vu des jets de pierre”, se rappelle Diawadi, 14 ans, “puis j’ai aperçu des jeunes avec une arbalète de pêche pour tirer sur un garçon avec de la ferraille. Je ne pense pas que cela va s’arrêter, j’ai peur, je ne pense qu’à partir en métropole, ici c’est terrible”, ajoute le garçon encore choqué.

Diawadi, 14 ans, et son ami Elanrifdine, 13 ans, observent la commune de Dembéni depuis les hauteurs.  La frontière entre Dembéni et Iloni où les affrontements font rage. La population reste cloîtrée par peur de se retrouver au milieu des combats.

Les habitants se renvoient la responsabilité, le dialogue est rompu

En plein centre de Dembéni les habitants vivent dans la peur. Ils sont restés cloîtrés chez eux tout le week-end, et comptent le faire dans les jours et les semaines à venir. “A partir de 17h00 on s’enferme, mes enfants ont crié toute la nuit à cause des combats et des gaz lacrymogènes qui sont rentrés dans la maison”, témoigne une résidente du quartier. “J’ai cru que les gendarmes allaient mourir tellement que c’était violent. Ils étaient coincés contre le mur de ma maison”, raconte une voisine. Des pierres et des projectiles en tous genres sont encore visibles de part et d’autre de la route.

Entre les familles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”

Les affrontements ne sont pas nouveaux, mais désormais le dialogue entre les familles des deux communes semble être complètement rompu, chacune se renvoyant la responsabilité du conflit, vis-à-vis de leurs enfants respectifs. “Ils ne veulent pas reconnaître que c’est eux qui ont commencé, ils n’osent pas dire à leurs enfants de s’arrêter”, lance exaspérée une habitante de Dembéni. “C’est eux qui ont commencé, pas nous. Ils ont seulement eu deux voitures brûlées, le reste des dégâts c’est chez nous. Nous on essaye juste de nous défendre”, lui répond indirectement un résident d’Iloni, assis sous l’ombrelle à côté du rond-point. “On a fait plein de négociations, des marches de sensibilisation mais ça ne fonctionne pas. On a des délinquants ici, on ne nie pas, mais nous quand on leur dit de s’arrêter, ils le font”, ajoute un autre homme d’Iloni.

Les deux hommes constatent que les relations avec les habitants de Dembéni sont au point mort et ils ne semblent pas prêt à vouloir faire changer les choses. “C’est à la mairie de trouver une solution. Elle seule peut faire quelque chose parce que les familles entre elles ce n’est plus possible, c’est beaucoup trop tendu”, conclut l’homme en haussant les épaules.

Si la mairie a lancé un appel à la mobilisation de tous et à la responsabilité de chacun dans un communiqué samedi, elle n’a pas donné d’éléments de réponses sur ce qu’il adviendra des prochains jours et notamment sur la réouverture des écoles.

La rivière qui traverse la commune de Dembéni.  L'ombrelle installée à côté du rond-point d’Iloni, lieu de rencontre entre bandes rivales.

Le lycée, zone de tension

En attendant, les drames et les règlements de comptes se poursuivent de part et d’autre de la “frontière” fictive entre les deux communes, délimitée par les hauteurs aux abords de l’université de Mayotte.

Samedi 22 février, au lycée de Tsararano, alors qu’elle était seule aux toilettes, Raïza Djadjou, une lycéenne en première, a été agressée par plusieurs élèves qui lui ont lancé des pierres. “Je suis tombée par terre et ils ont commencé à casser mon pied avec des cailloux. Je me suis évanouie, et quand je me suis réveillée j’étais à l’infirmerie”, raconte la jeune fille de 16 ans, assise devant sa maison dans le village de Dembéni. “Je devais passer mon bac de français, mais je ne vais plus y aller le temps que la sécurité n’est pas assurée”, continue Raïza qui compte prendre rendez-vous auprès d’un psychologue. “Des fois on entend des histoires avec des vélos, des chiens, même des sandwichs, mais je ne sais pas du tout pourquoi ils se battent entre eux”.

Des restes de projectiles dans un quartier de Dembéni. Lorsque les enfants des deux villages se rendent à l'école, les tensions montent. Les affrontements commencent pour des raisons futiles et personne ne semble avoir la solution pour les arrêter.
“Je n’ai pas peur de mourir, maintenant c’est à eux de répondre”

“Vous voyez sur les hauteurs là-bas c’est dangereux c’est là limite entre Iloni et Dembéni, il ne faut pas y aller”, pointe du doigt Elanrifdine, 13 ans. En début d’année, son frère a été touché à la tête par une barre de fer. Le garçon de 15 ans est désormais hospitalisé à La Réunion en état hémiplégique, une moitié du corps paralysée, et Elanrifdine ne sait pas s’il le reverra à Mayotte un jour. “Mes parents m’interdisent de me battre pour me venger, et je ne veux pas le faire”, insiste-t-il.

Près du terrain de football d’Iloni, un groupe de jeunes est approché par la gendarmerie. Les militaires leur demandent de les prévenir s’ils voient d’autres jeunes descendre des hauteurs, afin de protéger la population. Le groupe montre son approbation sans dire un mot. “On ne veut pas des gendarmes ici”, lance un garçon, qui semble être le leader, une fois la camionnette partie. “Je ne veux pas que les affrontements s’arrêtent, je suis prêt à défendre mon quartier. Je n’ai pas peur de mourir”, affirme-t-il sans hésiter, tandis que ses amis rient à ses côtés. “On a augmenté le score, on en a tué un, maintenant c’est à eux de répondre”.

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Backstage

Le vendredi 21 février, une vidéo sur les réseaux sociaux montre un jeune homme au sol encore en vie au milieu d’affrontements entre bandes rivales, le long de la route nationale entre Dembéni et Iloni. La vidéo, prise depuis un balcon donnant sur la rue, s’arrête peu avant le coup fatal porté à l’adolescent.

Arrivé à Mayotte il y a seulement un mois, j’assiste pour la première fois à un décès lié aux affrontements dont on m’avait tant parlé. Le soir, je dis à la rédaction du journal que j’ai envie de me rendre sur place dans les prochains jours pour connaître l’histoire. Feu vert.

Sans contacts sur place, la tâche n’est pas facile. Quand j’arrive à Dembéni je mets plusieurs minutes à rencontrer quelqu’un qui souhaite me parler. Tout le monde est au courant de la mort du jeune homme. Les premiers lycéens que je croise restent muets.

Un moment, un autre jeune semble intrigué par ma présence. On commence à parler et il m’explique la scène. Ses propos viennent compléter la vidéo qui n’était pas terminée.

Très vite il m’emmène à travers son quartier, me montre tous les recoins, me fait rencontrer des gens. Sa présence me rassure mais rassure également les habitants qui osent sortir de chez eux me parler de leur quotidien.

Je me rends compte que la rivalité entre Dembéni et Iloni n’est pas récente, bien au contraire. La mort s’invite souvent entre les ruelles escarpées des deux villages. Zone de frontière, lignes rouges…, les habitants utilisent tous ces termes quasi-quotidiennement.

Avec la quantité d’informations récoltées en quelques heures, je décide de faire deux sujets. Le premier, ci-dessus, sur la vision des habitants sur le conflit avec le témoignage court mais précieux de jeunes qui participent aux échauffourés, le second sur la zone frontière entre les deux villages, qui est, selon les riverains, devenu un no man’s land.

Ces sujets m’ont appris deux choses. D’une part, les violences sont monnaies courantes à travers l’ensemble du territoire et font partie du rythme de vie des habitants ainsi que des adolescents. Vie quotidienne, déplacements entre quartiers, pour de nombreuses personnes chaque décision est calculée pour s’en sortir indemne. La seconde c’est que cette répétition d’actes violents tend à être banalisée. Sur les réseaux sociaux la mort d’un jeune scandalise une partie de la population, mais elle fait également partie du décor. “Les jeunes se tuent entre eux donc c’est bon”, peut-on lire.

Même en tant que journaliste on tend à ne plus couvrir ces évènements, c’est-à-dire qu’une brève est diffusée, mais on ne se rend pas forcément sur le terrain pour raconter les faits. Je trouve cela dommage et dangereux.