« Je ne pense pas avoir le bac, quand je rentre de l’école mon plafond c’est le ciel »
Assis par terre à l’ombre, calculette à la main, un lycéen révise ses cours de mathématiques au lycée Younoussa Bamana de Mamoudzou, vendredi 7 février en début d’après-midi. Dans 4 mois il passera les épreuves du baccalauréat, comme tous les autres lycéens en classe de terminale en France. A côté de lui, se dressent les ruines d’un bâtiment complètement détruit par le passage du cyclone Chido. Seuls les tableaux blancs encore accrochés aux murs indiquent que s’y trouvaient plusieurs salles de classe. Au loin, les consignes d’un professeur qui donne un cours, toutes fenêtres ouvertes, rompent le silence.
Près de deux semaines après la rentrée, élèves, professeurs, personnel du lycée, essayent tant bien que mal de trouver un rythme de travail, alors que l’établissement est toujours sinistré. Sur les 75 salles de classe, 30 sont inutilisables.
"On n'a pas à assurer la continuité pédagogique, car les élèves sont sur un vrai rythme scolaire"
« Il y a des bâtiments qui ne sont pas opérationnels mais beaucoup sont en bon état, donc on s’appuie sur eux », explique le proviseur du lycée Serge Rodrigues, en regardant des plans disposés sur son bureau. D’un côté y sont inscrites des dates de réouvertures de bâtiments, « 21 février : salle des professeurs », « 17 mars : infirmerie »..., de l’autre des icônes signalent les salles qui vont être rasées. « Le travail est en cours, on va construire des bâtiments à deux étages à la place de ceux qu’on va raser, cela permettra d’agrandir la capacité d’accueil », projette le proviseur. Ce dernier espère également l’arrivée de 14 salles de classe en modulaires « pour mars ou au plus tard pour la rentrée en septembre », qui seront installés sur le plateau sportif.
En attendant, Serge Rodrigues se félicite d’avoir réussi « un tour de force » en aménageant les emplois du temps des 2.400 élèves pour optimiser l’utilisation des salles restantes. « Chaque classe vient 1 jour sur 2, du lundi au samedi, ça fait 3 jours par classe. Il faut compter entre 7 et 8h de cours par jour, donc presque 24h de cours par semaine, soit presque l’intégralité de l’emploi du temps habituel et s’ils n’ont pas la totalité de leurs cours, on essaye de leur assurer 100% des cours dans leurs filières », explique-t-il. « Les élèves ont suffisamment de cours pour que le jour où il ne sont pas là ils ont du travail donné par leurs professeurs qui est contrôlé le jour d’après. Du coup on n’a pas à assurer ce qu’on appelle parfois la continuité pédagogique, ils sont sur un vrai rythme scolaire », continue le proviseur.
« La grande majorité des professeurs sont présents. On est dans une situation tout à fait positive qui me satisfait bien. C’était les objectifs que j’avais en tête, 15 jours après la rentrée », conclut Serge Rodrigues.
"On n'a pas compris la pression pour reprendre, on a été maltraités professionnellement"
Un sentiment loin d’être partagé en salle des professeurs. Parmi ceux qui ont accepté de témoigner, tous ont souhaité rester anonymes. « Nous n’avons pas compris la pression exercée pour reprendre aussitôt. Nous avons été maltraités sur le plan professionnel, les conditions ne sont pas réunies », confie une enseignante, exaspérée par ces premiers jours de reprise. « Il n’y a ni livres ni matériel, et une seule imprimante pour 2.500 élèves. Des malaises ont eu lieu en classe, chez les élèves comme chez les professeurs, faute de climatisation ou de ventilateurs fonctionnels. Il fait 36 degrés, c’est invivable. »
Une situation d’autant plus préoccupante que certains élèves accusent deux à trois années de retard dans certaines matières. « Dans ces conditions, avec une telle chaleur, comment peuvent-ils se concentrer ? », interroge-t-elle.
L’enseignante tient à montrer une salle de classe dont une partie du plafond est toujours manquante, « l’eau s’infiltre et il y a quand même cours ici », déplore-t-elle. Depuis la salle on peut apercevoir le ciel derrière le ventilateur du plafond et le vidéoprojecteur. « Dans cette salle j’ai pris de la laine de verre sur la tête », ajoute une enseignante, elle aussi choquée par les conditions de travail.
En plus des conditions de la reprise, certains professeurs alertent sur la situation de leurs élèves, « leur motivation a clairement été impactée par Chido. On essaye tant bien que mal de les motiver, mais ils sont stressés et appréhendent les examens à venir. Le bac c’est bientôt et on ne peut pas tout recommencer, on a un programme à terminer et de nombreux élèves ont perdu leurs cours durant le cyclone », constate une autre professeur, sous l’approbation de quelques collègues qui observent la même chose. Sur les 2.560 élèves de l’établissement, une centaine est partie en métropole ou à La Réunion.
« On se retrouve à devoir gérer des choses qu’on ne sait pas faire… », ajoute une enseignante. « Nous n’avons pas eu une réelle formation pour apprendre à les accompagner, on a seulement été réquisitionnés pendant 3h par l’académie mais ce n’est pas une formation, on a eu une certaine pression du rectorat ».
Une accumulation des problèmes à l'infirmerie
Les élèves dans le besoin peuvent se tourner vers une assistante sociale, une infirmière et un psychologue. Sophie Patin est infirmière au lycée depuis 3 ans, son local a été soufflé par le cyclone, et elle est désormais installée dans la maison des lycéens qu’elle a réaménagée pour obtenir un semblant d’intimité avec les élèves. « Vous avez vu l’état de la salle ? », demande-t-elle en regardant le plafond auréolé. « Lorsqu’il pleut ici l’eau rentre de tous les côtés ».
« Les lycéens ne viennent jamais me voir en me disant qu’ils se sentent mal suite au cyclone. Ils vont commencer à me dire qu’ils ont mal aux genoux, mais quand on continue la discussion ensemble, certains craquent et on se rend compte de leurs souffrances », explique Sophie Patin. « Il y a une accumulation de problèmes. Des élèves qui subissent des violences, notamment des viols, souffrent désormais des suites de Chido qui est venu ajouter une couche. Ce qui est difficile c’est que les violences passent désormais en second plan pour les élèves ». Dans les prochains jours, l’infirmière va lancer des appels aux dons pour que les lycéens puissent recevoir des kits de soins, et notamment des serviettes hygiéniques pour les filles.
"Quel travail à la maison ? Je n'ai plus de maison"
Emploi du temps modifié, cours dans des salles de classe sans climatisation et parfois sans une partie du plafond, traumatismes liés à Chido, manque de visibilité sur les modalités des examens, situations personnelles compliquées…, retrouver un rythme scolaire n’est tout simplement pas possible pour de nombreux lycéens, comme Anissa Madi, élève en classe de terminale. « Le bac arrive, on est en retard, on a peur. Les professeurs ne sont pas encore tous sur l’île et dans certaines classes il n’y a pas de ventilateurs, ni de clim. On a vu des professeurs pleurer, certains ont également perdu leur toit », décrit la jeune fille. « On ne sait pas si ce sera un bac Chido ou un bac normal », renchérit Ali Abdou Djoubair, lui aussi en terminale. Des mesures devraient être annoncées dans les prochains jours par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, mais le délai pèse sur les élèves qui n’ont aucune visibilité.
C’est le cas de Djez, qui a perdu sa maison dans le cyclone. « Quel travail à la maison ? Je n’ai plus de maison », lance-t-il, interrogé sur la possibilité de travailler chez lui. « Je ne suis pas un mauvais élève mais je ne pense pas que j’aurai le bac. Quand je rentre de l’école, mon plafond c’est le ciel. Les traumatismes sont là, je n’ai plus la motivation. Le professeur peut me répéter 30 fois la même chose, je n’arriverai pas à comprendre, à enregistrer », continue le jeune homme. « Trois jours par semaine, tu es obligé de porter les mêmes vêtements, je n’ai plus rien. J’ai essayé de dire à mon professeur que je ne pouvais pas travailler, mais il n’a pas voulu comprendre ».
l est 13h, les cours de l’après-midi reprennent. A peine installés dans une salle de classe, quelques lycéens sortent leurs éventails pour tenter de s’aérer, tandis que d’autres ont le front perlé de sueur. Plus de la moitié des élèves lèvent la main pour signaler qu’ils ont perdu leurs cours dans le cyclone. Tous font état d’une rentrée difficile. « Il y a une peur qui nous anime pour les examens », raconte une lycéenne, « d’autres camarades sont partis de Mayotte pour aller à l’école, et nous on reste là, on attend… ».
Assis par terre à l’ombre, calculette à la main, un lycéen révise ses cours de mathématiques au lycée Younoussa Bamana de Mamoudzou, vendredi 7 février en début d’après-midi. Dans 4 mois il passera les épreuves du baccalauréat, comme tous les autres lycéens en classe de terminale en France. A côté de lui, se dressent les ruines d’un bâtiment complètement détruit par le passage du cyclone Chido. Seuls les tableaux blancs encore accrochés aux murs indiquent que s’y trouvaient plusieurs salles de classe. Au loin, les consignes d’un professeur qui donne un cours, toutes fenêtres ouvertes, rompent le silence.
Près de deux semaines après la rentrée, élèves, professeurs, personnel du lycée, essayent tant bien que mal de trouver un rythme de travail, alors que l’établissement est toujours sinistré. Sur les 75 salles de classe, 30 sont inutilisables.
"On n'a pas à assurer la continuité pédagogique, car les élèves sont sur un vrai rythme scolaire"
« Il y a des bâtiments qui ne sont pas opérationnels mais beaucoup sont en bon état, donc on s’appuie sur eux », explique le proviseur du lycée Serge Rodrigues, en regardant des plans disposés sur son bureau. D’un côté y sont inscrites des dates de réouvertures de bâtiments, « 21 février : salle des professeurs », « 17 mars : infirmerie »..., de l’autre des icônes signalent les salles qui vont être rasées. « Le travail est en cours, on va construire des bâtiments à deux étages à la place de ceux qu’on va raser, cela permettra d’agrandir la capacité d’accueil », projette le proviseur. Ce dernier espère également l’arrivée de 14 salles de classe en modulaires « pour mars ou au plus tard pour la rentrée en septembre », qui seront installés sur le plateau sportif.
En attendant, Serge Rodrigues se félicite d’avoir réussi « un tour de force » en aménageant les emplois du temps des 2.400 élèves pour optimiser l’utilisation des salles restantes. « Chaque classe vient 1 jour sur 2, du lundi au samedi, ça fait 3 jours par classe. Il faut compter entre 7 et 8h de cours par jour, donc presque 24h de cours par semaine, soit presque l’intégralité de l’emploi du temps habituel et s’ils n’ont pas la totalité de leurs cours, on essaye de leur assurer 100% des cours dans leurs filières », explique-t-il. « Les élèves ont suffisamment de cours pour que le jour où il ne sont pas là ils ont du travail donné par leurs professeurs qui est contrôlé le jour d’après. Du coup on n’a pas à assurer ce qu’on appelle parfois la continuité pédagogique, ils sont sur un vrai rythme scolaire », continue le proviseur.
« La grande majorité des professeurs sont présents. On est dans une situation tout à fait positive qui me satisfait bien. C’était les objectifs que j’avais en tête, 15 jours après la rentrée », conclut Serge Rodrigues.
"On n'a pas compris la pression pour reprendre, on a été maltraités professionnellement"
Un sentiment loin d’être partagé en salle des professeurs. Parmi ceux qui ont accepté de témoigner, tous ont souhaité rester anonymes. « Nous n’avons pas compris la pression exercée pour reprendre aussitôt. Nous avons été maltraités sur le plan professionnel, les conditions ne sont pas réunies », confie une enseignante, exaspérée par ces premiers jours de reprise. « Il n’y a ni livres ni matériel, et une seule imprimante pour 2.500 élèves. Des malaises ont eu lieu en classe, chez les élèves comme chez les professeurs, faute de climatisation ou de ventilateurs fonctionnels. Il fait 36 degrés, c’est invivable. »
Une situation d’autant plus préoccupante que certains élèves accusent deux à trois années de retard dans certaines matières. « Dans ces conditions, avec une telle chaleur, comment peuvent-ils se concentrer ? », interroge-t-elle.
L’enseignante tient à montrer une salle de classe dont une partie du plafond est toujours manquante, « l’eau s’infiltre et il y a quand même cours ici », déplore-t-elle. Depuis la salle on peut apercevoir le ciel derrière le ventilateur du plafond et le vidéoprojecteur. « Dans cette salle j’ai pris de la laine de verre sur la tête », ajoute une enseignante, elle aussi choquée par les conditions de travail.
En plus des conditions de la reprise, certains professeurs alertent sur la situation de leurs élèves, « leur motivation a clairement été impactée par Chido. On essaye tant bien que mal de les motiver, mais ils sont stressés et appréhendent les examens à venir. Le bac c’est bientôt et on ne peut pas tout recommencer, on a un programme à terminer et de nombreux élèves ont perdu leurs cours durant le cyclone », constate une autre professeur, sous l’approbation de quelques collègues qui observent la même chose. Sur les 2.560 élèves de l’établissement, une centaine est partie en métropole ou à La Réunion.
« On se retrouve à devoir gérer des choses qu’on ne sait pas faire… », ajoute une enseignante. « Nous n’avons pas eu une réelle formation pour apprendre à les accompagner, on a seulement été réquisitionnés pendant 3h par l’académie mais ce n’est pas une formation, on a eu une certaine pression du rectorat ».
Une accumulation des problèmes à l'infirmerie
Les élèves dans le besoin peuvent se tourner vers une assistante sociale, une infirmière et un psychologue. Sophie Patin est infirmière au lycée depuis 3 ans, son local a été soufflé par le cyclone, et elle est désormais installée dans la maison des lycéens qu’elle a réaménagée pour obtenir un semblant d’intimité avec les élèves. « Vous avez vu l’état de la salle ? », demande-t-elle en regardant le plafond auréolé. « Lorsqu’il pleut ici l’eau rentre de tous les côtés ».
« Les lycéens ne viennent jamais me voir en me disant qu’ils se sentent mal suite au cyclone. Ils vont commencer à me dire qu’ils ont mal aux genoux, mais quand on continue la discussion ensemble, certains craquent et on se rend compte de leurs souffrances », explique Sophie Patin. « Il y a une accumulation de problèmes. Des élèves qui subissent des violences, notamment des viols, souffrent désormais des suites de Chido qui est venu ajouter une couche. Ce qui est difficile c’est que les violences passent désormais en second plan pour les élèves ». Dans les prochains jours, l’infirmière va lancer des appels aux dons pour que les lycéens puissent recevoir des kits de soins, et notamment des serviettes hygiéniques pour les filles.
"Quel travail à la maison ? Je n'ai plus de maison"
Emploi du temps modifié, cours dans des salles de classe sans climatisation et parfois sans une partie du plafond, traumatismes liés à Chido, manque de visibilité sur les modalités des examens, situations personnelles compliquées…, retrouver un rythme scolaire n’est tout simplement pas possible pour de nombreux lycéens, comme Anissa Madi, élève en classe de terminale. « Le bac arrive, on est en retard, on a peur. Les professeurs ne sont pas encore tous sur l’île et dans certaines classes il n’y a pas de ventilateurs, ni de clim. On a vu des professeurs pleurer, certains ont également perdu leur toit », décrit la jeune fille. « On ne sait pas si ce sera un bac Chido ou un bac normal », renchérit Ali Abdou Djoubair, lui aussi en terminale. Des mesures devraient être annoncées dans les prochains jours par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, mais le délai pèse sur les élèves qui n’ont aucune visibilité.
C’est le cas de Djez, qui a perdu sa maison dans le cyclone. « Quel travail à la maison ? Je n’ai plus de maison », lance-t-il, interrogé sur la possibilité de travailler chez lui. « Je ne suis pas un mauvais élève mais je ne pense pas que j’aurai le bac. Quand je rentre de l’école, mon plafond c’est le ciel. Les traumatismes sont là, je n’ai plus la motivation. Le professeur peut me répéter 30 fois la même chose, je n’arriverai pas à comprendre, à enregistrer », continue le jeune homme. « Trois jours par semaine, tu es obligé de porter les mêmes vêtements, je n’ai plus rien. J’ai essayé de dire à mon professeur que je ne pouvais pas travailler, mais il n’a pas voulu comprendre ».
l est 13h, les cours de l’après-midi reprennent. A peine installés dans une salle de classe, quelques lycéens sortent leurs éventails pour tenter de s’aérer, tandis que d’autres ont le front perlé de sueur. Plus de la moitié des élèves lèvent la main pour signaler qu’ils ont perdu leurs cours dans le cyclone. Tous font état d’une rentrée difficile. « Il y a une peur qui nous anime pour les examens », raconte une lycéenne, « d’autres camarades sont partis de Mayotte pour aller à l’école, et nous on reste là, on attend… ».
Assis par terre à l’ombre, calculette à la main, un lycéen révise ses cours de mathématiques au lycée Younoussa Bamana de Mamoudzou, vendredi 7 février en début d’après-midi. Dans 4 mois il passera les épreuves du baccalauréat, comme tous les autres lycéens en classe de terminale en France. A côté de lui, se dressent les ruines d’un bâtiment complètement détruit par le passage du cyclone Chido. Seuls les tableaux blancs encore accrochés aux murs indiquent que s’y trouvaient plusieurs salles de classe. Au loin, les consignes d’un professeur qui donne un cours, toutes fenêtres ouvertes, rompent le silence.
Près de deux semaines après la rentrée, élèves, professeurs, personnel du lycée, essayent tant bien que mal de trouver un rythme de travail, alors que l’établissement est toujours sinistré. Sur les 75 salles de classe, 30 sont inutilisables.
"On n'a pas à assurer la continuité pédagogique, car les élèves sont sur un vrai rythme scolaire"
« Il y a des bâtiments qui ne sont pas opérationnels mais beaucoup sont en bon état, donc on s’appuie sur eux », explique le proviseur du lycée Serge Rodrigues, en regardant des plans disposés sur son bureau. D’un côté y sont inscrites des dates de réouvertures de bâtiments, « 21 février : salle des professeurs », « 17 mars : infirmerie »..., de l’autre des icônes signalent les salles qui vont être rasées. « Le travail est en cours, on va construire des bâtiments à deux étages à la place de ceux qu’on va raser, cela permettra d’agrandir la capacité d’accueil », projette le proviseur. Ce dernier espère également l’arrivée de 14 salles de classe en modulaires « pour mars ou au plus tard pour la rentrée en septembre », qui seront installés sur le plateau sportif.
En attendant, Serge Rodrigues se félicite d’avoir réussi « un tour de force » en aménageant les emplois du temps des 2.400 élèves pour optimiser l’utilisation des salles restantes. « Chaque classe vient 1 jour sur 2, du lundi au samedi, ça fait 3 jours par classe. Il faut compter entre 7 et 8h de cours par jour, donc presque 24h de cours par semaine, soit presque l’intégralité de l’emploi du temps habituel et s’ils n’ont pas la totalité de leurs cours, on essaye de leur assurer 100% des cours dans leurs filières », explique-t-il. « Les élèves ont suffisamment de cours pour que le jour où il ne sont pas là ils ont du travail donné par leurs professeurs qui est contrôlé le jour d’après. Du coup on n’a pas à assurer ce qu’on appelle parfois la continuité pédagogique, ils sont sur un vrai rythme scolaire », continue le proviseur.
« La grande majorité des professeurs sont présents. On est dans une situation tout à fait positive qui me satisfait bien. C’était les objectifs que j’avais en tête, 15 jours après la rentrée », conclut Serge Rodrigues.
"On n'a pas compris la pression pour reprendre, on a été maltraités professionnellement"
Un sentiment loin d’être partagé en salle des professeurs. Parmi ceux qui ont accepté de témoigner, tous ont souhaité rester anonymes. « Nous n’avons pas compris la pression exercée pour reprendre aussitôt. Nous avons été maltraités sur le plan professionnel, les conditions ne sont pas réunies », confie une enseignante, exaspérée par ces premiers jours de reprise. « Il n’y a ni livres ni matériel, et une seule imprimante pour 2.500 élèves. Des malaises ont eu lieu en classe, chez les élèves comme chez les professeurs, faute de climatisation ou de ventilateurs fonctionnels. Il fait 36 degrés, c’est invivable. »
Une situation d’autant plus préoccupante que certains élèves accusent deux à trois années de retard dans certaines matières. « Dans ces conditions, avec une telle chaleur, comment peuvent-ils se concentrer ? », interroge-t-elle.
L’enseignante tient à montrer une salle de classe dont une partie du plafond est toujours manquante, « l’eau s’infiltre et il y a quand même cours ici », déplore-t-elle. Depuis la salle on peut apercevoir le ciel derrière le ventilateur du plafond et le vidéoprojecteur. « Dans cette salle j’ai pris de la laine de verre sur la tête », ajoute une enseignante, elle aussi choquée par les conditions de travail.
En plus des conditions de la reprise, certains professeurs alertent sur la situation de leurs élèves, « leur motivation a clairement été impactée par Chido. On essaye tant bien que mal de les motiver, mais ils sont stressés et appréhendent les examens à venir. Le bac c’est bientôt et on ne peut pas tout recommencer, on a un programme à terminer et de nombreux élèves ont perdu leurs cours durant le cyclone », constate une autre professeur, sous l’approbation de quelques collègues qui observent la même chose. Sur les 2.560 élèves de l’établissement, une centaine est partie en métropole ou à La Réunion.
« On se retrouve à devoir gérer des choses qu’on ne sait pas faire… », ajoute une enseignante. « Nous n’avons pas eu une réelle formation pour apprendre à les accompagner, on a seulement été réquisitionnés pendant 3h par l’académie mais ce n’est pas une formation, on a eu une certaine pression du rectorat ».
Une accumulation des problèmes à l'infirmerie
Les élèves dans le besoin peuvent se tourner vers une assistante sociale, une infirmière et un psychologue. Sophie Patin est infirmière au lycée depuis 3 ans, son local a été soufflé par le cyclone, et elle est désormais installée dans la maison des lycéens qu’elle a réaménagée pour obtenir un semblant d’intimité avec les élèves. « Vous avez vu l’état de la salle ? », demande-t-elle en regardant le plafond auréolé. « Lorsqu’il pleut ici l’eau rentre de tous les côtés ».
« Les lycéens ne viennent jamais me voir en me disant qu’ils se sentent mal suite au cyclone. Ils vont commencer à me dire qu’ils ont mal aux genoux, mais quand on continue la discussion ensemble, certains craquent et on se rend compte de leurs souffrances », explique Sophie Patin. « Il y a une accumulation de problèmes. Des élèves qui subissent des violences, notamment des viols, souffrent désormais des suites de Chido qui est venu ajouter une couche. Ce qui est difficile c’est que les violences passent désormais en second plan pour les élèves ». Dans les prochains jours, l’infirmière va lancer des appels aux dons pour que les lycéens puissent recevoir des kits de soins, et notamment des serviettes hygiéniques pour les filles.
"Quel travail à la maison ? Je n'ai plus de maison"
Emploi du temps modifié, cours dans des salles de classe sans climatisation et parfois sans une partie du plafond, traumatismes liés à Chido, manque de visibilité sur les modalités des examens, situations personnelles compliquées…, retrouver un rythme scolaire n’est tout simplement pas possible pour de nombreux lycéens, comme Anissa Madi, élève en classe de terminale. « Le bac arrive, on est en retard, on a peur. Les professeurs ne sont pas encore tous sur l’île et dans certaines classes il n’y a pas de ventilateurs, ni de clim. On a vu des professeurs pleurer, certains ont également perdu leur toit », décrit la jeune fille. « On ne sait pas si ce sera un bac Chido ou un bac normal », renchérit Ali Abdou Djoubair, lui aussi en terminale. Des mesures devraient être annoncées dans les prochains jours par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, mais le délai pèse sur les élèves qui n’ont aucune visibilité.
C’est le cas de Djez, qui a perdu sa maison dans le cyclone. « Quel travail à la maison ? Je n’ai plus de maison », lance-t-il, interrogé sur la possibilité de travailler chez lui. « Je ne suis pas un mauvais élève mais je ne pense pas que j’aurai le bac. Quand je rentre de l’école, mon plafond c’est le ciel. Les traumatismes sont là, je n’ai plus la motivation. Le professeur peut me répéter 30 fois la même chose, je n’arriverai pas à comprendre, à enregistrer », continue le jeune homme. « Trois jours par semaine, tu es obligé de porter les mêmes vêtements, je n’ai plus rien. J’ai essayé de dire à mon professeur que je ne pouvais pas travailler, mais il n’a pas voulu comprendre ».
l est 13h, les cours de l’après-midi reprennent. A peine installés dans une salle de classe, quelques lycéens sortent leurs éventails pour tenter de s’aérer, tandis que d’autres ont le front perlé de sueur. Plus de la moitié des élèves lèvent la main pour signaler qu’ils ont perdu leurs cours dans le cyclone. Tous font état d’une rentrée difficile. « Il y a une peur qui nous anime pour les examens », raconte une lycéenne, « d’autres camarades sont partis de Mayotte pour aller à l’école, et nous on reste là, on attend… ».
Assis par terre à l’ombre, calculette à la main, un lycéen révise ses cours de mathématiques au lycée Younoussa Bamana de Mamoudzou, vendredi 7 février en début d’après-midi. Dans 4 mois il passera les épreuves du baccalauréat, comme tous les autres lycéens en classe de terminale en France. A côté de lui, se dressent les ruines d’un bâtiment complètement détruit par le passage du cyclone Chido. Seuls les tableaux blancs encore accrochés aux murs indiquent que s’y trouvaient plusieurs salles de classe. Au loin, les consignes d’un professeur qui donne un cours, toutes fenêtres ouvertes, rompent le silence.
Près de deux semaines après la rentrée, élèves, professeurs, personnel du lycée, essayent tant bien que mal de trouver un rythme de travail, alors que l’établissement est toujours sinistré. Sur les 75 salles de classe, 30 sont inutilisables.
"On n'a pas à assurer la continuité pédagogique, car les élèves sont sur un vrai rythme scolaire"
« Il y a des bâtiments qui ne sont pas opérationnels mais beaucoup sont en bon état, donc on s’appuie sur eux », explique le proviseur du lycée Serge Rodrigues, en regardant des plans disposés sur son bureau. D’un côté y sont inscrites des dates de réouvertures de bâtiments, « 21 février : salle des professeurs », « 17 mars : infirmerie »..., de l’autre des icônes signalent les salles qui vont être rasées. « Le travail est en cours, on va construire des bâtiments à deux étages à la place de ceux qu’on va raser, cela permettra d’agrandir la capacité d’accueil », projette le proviseur. Ce dernier espère également l’arrivée de 14 salles de classe en modulaires « pour mars ou au plus tard pour la rentrée en septembre », qui seront installés sur le plateau sportif.
En attendant, Serge Rodrigues se félicite d’avoir réussi « un tour de force » en aménageant les emplois du temps des 2.400 élèves pour optimiser l’utilisation des salles restantes. « Chaque classe vient 1 jour sur 2, du lundi au samedi, ça fait 3 jours par classe. Il faut compter entre 7 et 8h de cours par jour, donc presque 24h de cours par semaine, soit presque l’intégralité de l’emploi du temps habituel et s’ils n’ont pas la totalité de leurs cours, on essaye de leur assurer 100% des cours dans leurs filières », explique-t-il. « Les élèves ont suffisamment de cours pour que le jour où il ne sont pas là ils ont du travail donné par leurs professeurs qui est contrôlé le jour d’après. Du coup on n’a pas à assurer ce qu’on appelle parfois la continuité pédagogique, ils sont sur un vrai rythme scolaire », continue le proviseur.
« La grande majorité des professeurs sont présents. On est dans une situation tout à fait positive qui me satisfait bien. C’était les objectifs que j’avais en tête, 15 jours après la rentrée », conclut Serge Rodrigues.
"On n'a pas compris la pression pour reprendre, on a été maltraités professionnellement"
Un sentiment loin d’être partagé en salle des professeurs. Parmi ceux qui ont accepté de témoigner, tous ont souhaité rester anonymes. « Nous n’avons pas compris la pression exercée pour reprendre aussitôt. Nous avons été maltraités sur le plan professionnel, les conditions ne sont pas réunies », confie une enseignante, exaspérée par ces premiers jours de reprise. « Il n’y a ni livres ni matériel, et une seule imprimante pour 2.500 élèves. Des malaises ont eu lieu en classe, chez les élèves comme chez les professeurs, faute de climatisation ou de ventilateurs fonctionnels. Il fait 36 degrés, c’est invivable. »
Une situation d’autant plus préoccupante que certains élèves accusent deux à trois années de retard dans certaines matières. « Dans ces conditions, avec une telle chaleur, comment peuvent-ils se concentrer ? », interroge-t-elle.
L’enseignante tient à montrer une salle de classe dont une partie du plafond est toujours manquante, « l’eau s’infiltre et il y a quand même cours ici », déplore-t-elle. Depuis la salle on peut apercevoir le ciel derrière le ventilateur du plafond et le vidéoprojecteur. « Dans cette salle j’ai pris de la laine de verre sur la tête », ajoute une enseignante, elle aussi choquée par les conditions de travail.
En plus des conditions de la reprise, certains professeurs alertent sur la situation de leurs élèves, « leur motivation a clairement été impactée par Chido. On essaye tant bien que mal de les motiver, mais ils sont stressés et appréhendent les examens à venir. Le bac c’est bientôt et on ne peut pas tout recommencer, on a un programme à terminer et de nombreux élèves ont perdu leurs cours durant le cyclone », constate une autre professeur, sous l’approbation de quelques collègues qui observent la même chose. Sur les 2.560 élèves de l’établissement, une centaine est partie en métropole ou à La Réunion.
« On se retrouve à devoir gérer des choses qu’on ne sait pas faire… », ajoute une enseignante. « Nous n’avons pas eu une réelle formation pour apprendre à les accompagner, on a seulement été réquisitionnés pendant 3h par l’académie mais ce n’est pas une formation, on a eu une certaine pression du rectorat ».
Une accumulation des problèmes à l'infirmerie
Les élèves dans le besoin peuvent se tourner vers une assistante sociale, une infirmière et un psychologue. Sophie Patin est infirmière au lycée depuis 3 ans, son local a été soufflé par le cyclone, et elle est désormais installée dans la maison des lycéens qu’elle a réaménagée pour obtenir un semblant d’intimité avec les élèves. « Vous avez vu l’état de la salle ? », demande-t-elle en regardant le plafond auréolé. « Lorsqu’il pleut ici l’eau rentre de tous les côtés ».
« Les lycéens ne viennent jamais me voir en me disant qu’ils se sentent mal suite au cyclone. Ils vont commencer à me dire qu’ils ont mal aux genoux, mais quand on continue la discussion ensemble, certains craquent et on se rend compte de leurs souffrances », explique Sophie Patin. « Il y a une accumulation de problèmes. Des élèves qui subissent des violences, notamment des viols, souffrent désormais des suites de Chido qui est venu ajouter une couche. Ce qui est difficile c’est que les violences passent désormais en second plan pour les élèves ». Dans les prochains jours, l’infirmière va lancer des appels aux dons pour que les lycéens puissent recevoir des kits de soins, et notamment des serviettes hygiéniques pour les filles.
"Quel travail à la maison ? Je n'ai plus de maison"
Emploi du temps modifié, cours dans des salles de classe sans climatisation et parfois sans une partie du plafond, traumatismes liés à Chido, manque de visibilité sur les modalités des examens, situations personnelles compliquées…, retrouver un rythme scolaire n’est tout simplement pas possible pour de nombreux lycéens, comme Anissa Madi, élève en classe de terminale. « Le bac arrive, on est en retard, on a peur. Les professeurs ne sont pas encore tous sur l’île et dans certaines classes il n’y a pas de ventilateurs, ni de clim. On a vu des professeurs pleurer, certains ont également perdu leur toit », décrit la jeune fille. « On ne sait pas si ce sera un bac Chido ou un bac normal », renchérit Ali Abdou Djoubair, lui aussi en terminale. Des mesures devraient être annoncées dans les prochains jours par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, mais le délai pèse sur les élèves qui n’ont aucune visibilité.
C’est le cas de Djez, qui a perdu sa maison dans le cyclone. « Quel travail à la maison ? Je n’ai plus de maison », lance-t-il, interrogé sur la possibilité de travailler chez lui. « Je ne suis pas un mauvais élève mais je ne pense pas que j’aurai le bac. Quand je rentre de l’école, mon plafond c’est le ciel. Les traumatismes sont là, je n’ai plus la motivation. Le professeur peut me répéter 30 fois la même chose, je n’arriverai pas à comprendre, à enregistrer », continue le jeune homme. « Trois jours par semaine, tu es obligé de porter les mêmes vêtements, je n’ai plus rien. J’ai essayé de dire à mon professeur que je ne pouvais pas travailler, mais il n’a pas voulu comprendre ».
l est 13h, les cours de l’après-midi reprennent. A peine installés dans une salle de classe, quelques lycéens sortent leurs éventails pour tenter de s’aérer, tandis que d’autres ont le front perlé de sueur. Plus de la moitié des élèves lèvent la main pour signaler qu’ils ont perdu leurs cours dans le cyclone. Tous font état d’une rentrée difficile. « Il y a une peur qui nous anime pour les examens », raconte une lycéenne, « d’autres camarades sont partis de Mayotte pour aller à l’école, et nous on reste là, on attend… ».
Assis par terre à l’ombre, calculette à la main, un lycéen révise ses cours de mathématiques au lycée Younoussa Bamana de Mamoudzou, vendredi 7 février en début d’après-midi. Dans 4 mois il passera les épreuves du baccalauréat, comme tous les autres lycéens en classe de terminale en France. A côté de lui, se dressent les ruines d’un bâtiment complètement détruit par le passage du cyclone Chido. Seuls les tableaux blancs encore accrochés aux murs indiquent que s’y trouvaient plusieurs salles de classe. Au loin, les consignes d’un professeur qui donne un cours, toutes fenêtres ouvertes, rompent le silence.
Près de deux semaines après la rentrée, élèves, professeurs, personnel du lycée, essayent tant bien que mal de trouver un rythme de travail, alors que l’établissement est toujours sinistré. Sur les 75 salles de classe, 30 sont inutilisables.
"On n'a pas à assurer la continuité pédagogique, car les élèves sont sur un vrai rythme scolaire"
« Il y a des bâtiments qui ne sont pas opérationnels mais beaucoup sont en bon état, donc on s’appuie sur eux », explique le proviseur du lycée Serge Rodrigues, en regardant des plans disposés sur son bureau. D’un côté y sont inscrites des dates de réouvertures de bâtiments, « 21 février : salle des professeurs », « 17 mars : infirmerie »..., de l’autre des icônes signalent les salles qui vont être rasées. « Le travail est en cours, on va construire des bâtiments à deux étages à la place de ceux qu’on va raser, cela permettra d’agrandir la capacité d’accueil », projette le proviseur. Ce dernier espère également l’arrivée de 14 salles de classe en modulaires « pour mars ou au plus tard pour la rentrée en septembre », qui seront installés sur le plateau sportif.
En attendant, Serge Rodrigues se félicite d’avoir réussi « un tour de force » en aménageant les emplois du temps des 2.400 élèves pour optimiser l’utilisation des salles restantes. « Chaque classe vient 1 jour sur 2, du lundi au samedi, ça fait 3 jours par classe. Il faut compter entre 7 et 8h de cours par jour, donc presque 24h de cours par semaine, soit presque l’intégralité de l’emploi du temps habituel et s’ils n’ont pas la totalité de leurs cours, on essaye de leur assurer 100% des cours dans leurs filières », explique-t-il. « Les élèves ont suffisamment de cours pour que le jour où il ne sont pas là ils ont du travail donné par leurs professeurs qui est contrôlé le jour d’après. Du coup on n’a pas à assurer ce qu’on appelle parfois la continuité pédagogique, ils sont sur un vrai rythme scolaire », continue le proviseur.
« La grande majorité des professeurs sont présents. On est dans une situation tout à fait positive qui me satisfait bien. C’était les objectifs que j’avais en tête, 15 jours après la rentrée », conclut Serge Rodrigues.
"On n'a pas compris la pression pour reprendre, on a été maltraités professionnellement"
Un sentiment loin d’être partagé en salle des professeurs. Parmi ceux qui ont accepté de témoigner, tous ont souhaité rester anonymes. « Nous n’avons pas compris la pression exercée pour reprendre aussitôt. Nous avons été maltraités sur le plan professionnel, les conditions ne sont pas réunies », confie une enseignante, exaspérée par ces premiers jours de reprise. « Il n’y a ni livres ni matériel, et une seule imprimante pour 2.500 élèves. Des malaises ont eu lieu en classe, chez les élèves comme chez les professeurs, faute de climatisation ou de ventilateurs fonctionnels. Il fait 36 degrés, c’est invivable. »
Une situation d’autant plus préoccupante que certains élèves accusent deux à trois années de retard dans certaines matières. « Dans ces conditions, avec une telle chaleur, comment peuvent-ils se concentrer ? », interroge-t-elle.
L’enseignante tient à montrer une salle de classe dont une partie du plafond est toujours manquante, « l’eau s’infiltre et il y a quand même cours ici », déplore-t-elle. Depuis la salle on peut apercevoir le ciel derrière le ventilateur du plafond et le vidéoprojecteur. « Dans cette salle j’ai pris de la laine de verre sur la tête », ajoute une enseignante, elle aussi choquée par les conditions de travail.
En plus des conditions de la reprise, certains professeurs alertent sur la situation de leurs élèves, « leur motivation a clairement été impactée par Chido. On essaye tant bien que mal de les motiver, mais ils sont stressés et appréhendent les examens à venir. Le bac c’est bientôt et on ne peut pas tout recommencer, on a un programme à terminer et de nombreux élèves ont perdu leurs cours durant le cyclone », constate une autre professeur, sous l’approbation de quelques collègues qui observent la même chose. Sur les 2.560 élèves de l’établissement, une centaine est partie en métropole ou à La Réunion.
« On se retrouve à devoir gérer des choses qu’on ne sait pas faire… », ajoute une enseignante. « Nous n’avons pas eu une réelle formation pour apprendre à les accompagner, on a seulement été réquisitionnés pendant 3h par l’académie mais ce n’est pas une formation, on a eu une certaine pression du rectorat ».
Une accumulation des problèmes à l'infirmerie
Les élèves dans le besoin peuvent se tourner vers une assistante sociale, une infirmière et un psychologue. Sophie Patin est infirmière au lycée depuis 3 ans, son local a été soufflé par le cyclone, et elle est désormais installée dans la maison des lycéens qu’elle a réaménagée pour obtenir un semblant d’intimité avec les élèves. « Vous avez vu l’état de la salle ? », demande-t-elle en regardant le plafond auréolé. « Lorsqu’il pleut ici l’eau rentre de tous les côtés ».
« Les lycéens ne viennent jamais me voir en me disant qu’ils se sentent mal suite au cyclone. Ils vont commencer à me dire qu’ils ont mal aux genoux, mais quand on continue la discussion ensemble, certains craquent et on se rend compte de leurs souffrances », explique Sophie Patin. « Il y a une accumulation de problèmes. Des élèves qui subissent des violences, notamment des viols, souffrent désormais des suites de Chido qui est venu ajouter une couche. Ce qui est difficile c’est que les violences passent désormais en second plan pour les élèves ». Dans les prochains jours, l’infirmière va lancer des appels aux dons pour que les lycéens puissent recevoir des kits de soins, et notamment des serviettes hygiéniques pour les filles.
"Quel travail à la maison ? Je n'ai plus de maison"
Emploi du temps modifié, cours dans des salles de classe sans climatisation et parfois sans une partie du plafond, traumatismes liés à Chido, manque de visibilité sur les modalités des examens, situations personnelles compliquées…, retrouver un rythme scolaire n’est tout simplement pas possible pour de nombreux lycéens, comme Anissa Madi, élève en classe de terminale. « Le bac arrive, on est en retard, on a peur. Les professeurs ne sont pas encore tous sur l’île et dans certaines classes il n’y a pas de ventilateurs, ni de clim. On a vu des professeurs pleurer, certains ont également perdu leur toit », décrit la jeune fille. « On ne sait pas si ce sera un bac Chido ou un bac normal », renchérit Ali Abdou Djoubair, lui aussi en terminale. Des mesures devraient être annoncées dans les prochains jours par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, mais le délai pèse sur les élèves qui n’ont aucune visibilité.
C’est le cas de Djez, qui a perdu sa maison dans le cyclone. « Quel travail à la maison ? Je n’ai plus de maison », lance-t-il, interrogé sur la possibilité de travailler chez lui. « Je ne suis pas un mauvais élève mais je ne pense pas que j’aurai le bac. Quand je rentre de l’école, mon plafond c’est le ciel. Les traumatismes sont là, je n’ai plus la motivation. Le professeur peut me répéter 30 fois la même chose, je n’arriverai pas à comprendre, à enregistrer », continue le jeune homme. « Trois jours par semaine, tu es obligé de porter les mêmes vêtements, je n’ai plus rien. J’ai essayé de dire à mon professeur que je ne pouvais pas travailler, mais il n’a pas voulu comprendre ».
l est 13h, les cours de l’après-midi reprennent. A peine installés dans une salle de classe, quelques lycéens sortent leurs éventails pour tenter de s’aérer, tandis que d’autres ont le front perlé de sueur. Plus de la moitié des élèves lèvent la main pour signaler qu’ils ont perdu leurs cours dans le cyclone. Tous font état d’une rentrée difficile. « Il y a une peur qui nous anime pour les examens », raconte une lycéenne, « d’autres camarades sont partis de Mayotte pour aller à l’école, et nous on reste là, on attend… ».
Assis par terre à l’ombre, calculette à la main, un lycéen révise ses cours de mathématiques au lycée Younoussa Bamana de Mamoudzou, vendredi 7 février en début d’après-midi. Dans 4 mois il passera les épreuves du baccalauréat, comme tous les autres lycéens en classe de terminale en France. A côté de lui, se dressent les ruines d’un bâtiment complètement détruit par le passage du cyclone Chido. Seuls les tableaux blancs encore accrochés aux murs indiquent que s’y trouvaient plusieurs salles de classe. Au loin, les consignes d’un professeur qui donne un cours, toutes fenêtres ouvertes, rompent le silence.
Près de deux semaines après la rentrée, élèves, professeurs, personnel du lycée, essayent tant bien que mal de trouver un rythme de travail, alors que l’établissement est toujours sinistré. Sur les 75 salles de classe, 30 sont inutilisables.
"On n'a pas à assurer la continuité pédagogique, car les élèves sont sur un vrai rythme scolaire"
« Il y a des bâtiments qui ne sont pas opérationnels mais beaucoup sont en bon état, donc on s’appuie sur eux », explique le proviseur du lycée Serge Rodrigues, en regardant des plans disposés sur son bureau. D’un côté y sont inscrites des dates de réouvertures de bâtiments, « 21 février : salle des professeurs », « 17 mars : infirmerie »..., de l’autre des icônes signalent les salles qui vont être rasées. « Le travail est en cours, on va construire des bâtiments à deux étages à la place de ceux qu’on va raser, cela permettra d’agrandir la capacité d’accueil », projette le proviseur. Ce dernier espère également l’arrivée de 14 salles de classe en modulaires « pour mars ou au plus tard pour la rentrée en septembre », qui seront installés sur le plateau sportif.
En attendant, Serge Rodrigues se félicite d’avoir réussi « un tour de force » en aménageant les emplois du temps des 2.400 élèves pour optimiser l’utilisation des salles restantes. « Chaque classe vient 1 jour sur 2, du lundi au samedi, ça fait 3 jours par classe. Il faut compter entre 7 et 8h de cours par jour, donc presque 24h de cours par semaine, soit presque l’intégralité de l’emploi du temps habituel et s’ils n’ont pas la totalité de leurs cours, on essaye de leur assurer 100% des cours dans leurs filières », explique-t-il. « Les élèves ont suffisamment de cours pour que le jour où il ne sont pas là ils ont du travail donné par leurs professeurs qui est contrôlé le jour d’après. Du coup on n’a pas à assurer ce qu’on appelle parfois la continuité pédagogique, ils sont sur un vrai rythme scolaire », continue le proviseur.
« La grande majorité des professeurs sont présents. On est dans une situation tout à fait positive qui me satisfait bien. C’était les objectifs que j’avais en tête, 15 jours après la rentrée », conclut Serge Rodrigues.
"On n'a pas compris la pression pour reprendre, on a été maltraités professionnellement"
Un sentiment loin d’être partagé en salle des professeurs. Parmi ceux qui ont accepté de témoigner, tous ont souhaité rester anonymes. « Nous n’avons pas compris la pression exercée pour reprendre aussitôt. Nous avons été maltraités sur le plan professionnel, les conditions ne sont pas réunies », confie une enseignante, exaspérée par ces premiers jours de reprise. « Il n’y a ni livres ni matériel, et une seule imprimante pour 2.500 élèves. Des malaises ont eu lieu en classe, chez les élèves comme chez les professeurs, faute de climatisation ou de ventilateurs fonctionnels. Il fait 36 degrés, c’est invivable. »
Une situation d’autant plus préoccupante que certains élèves accusent deux à trois années de retard dans certaines matières. « Dans ces conditions, avec une telle chaleur, comment peuvent-ils se concentrer ? », interroge-t-elle.
L’enseignante tient à montrer une salle de classe dont une partie du plafond est toujours manquante, « l’eau s’infiltre et il y a quand même cours ici », déplore-t-elle. Depuis la salle on peut apercevoir le ciel derrière le ventilateur du plafond et le vidéoprojecteur. « Dans cette salle j’ai pris de la laine de verre sur la tête », ajoute une enseignante, elle aussi choquée par les conditions de travail.
En plus des conditions de la reprise, certains professeurs alertent sur la situation de leurs élèves, « leur motivation a clairement été impactée par Chido. On essaye tant bien que mal de les motiver, mais ils sont stressés et appréhendent les examens à venir. Le bac c’est bientôt et on ne peut pas tout recommencer, on a un programme à terminer et de nombreux élèves ont perdu leurs cours durant le cyclone », constate une autre professeur, sous l’approbation de quelques collègues qui observent la même chose. Sur les 2.560 élèves de l’établissement, une centaine est partie en métropole ou à La Réunion.
« On se retrouve à devoir gérer des choses qu’on ne sait pas faire… », ajoute une enseignante. « Nous n’avons pas eu une réelle formation pour apprendre à les accompagner, on a seulement été réquisitionnés pendant 3h par l’académie mais ce n’est pas une formation, on a eu une certaine pression du rectorat ».
Une accumulation des problèmes à l'infirmerie
Les élèves dans le besoin peuvent se tourner vers une assistante sociale, une infirmière et un psychologue. Sophie Patin est infirmière au lycée depuis 3 ans, son local a été soufflé par le cyclone, et elle est désormais installée dans la maison des lycéens qu’elle a réaménagée pour obtenir un semblant d’intimité avec les élèves. « Vous avez vu l’état de la salle ? », demande-t-elle en regardant le plafond auréolé. « Lorsqu’il pleut ici l’eau rentre de tous les côtés ».
« Les lycéens ne viennent jamais me voir en me disant qu’ils se sentent mal suite au cyclone. Ils vont commencer à me dire qu’ils ont mal aux genoux, mais quand on continue la discussion ensemble, certains craquent et on se rend compte de leurs souffrances », explique Sophie Patin. « Il y a une accumulation de problèmes. Des élèves qui subissent des violences, notamment des viols, souffrent désormais des suites de Chido qui est venu ajouter une couche. Ce qui est difficile c’est que les violences passent désormais en second plan pour les élèves ». Dans les prochains jours, l’infirmière va lancer des appels aux dons pour que les lycéens puissent recevoir des kits de soins, et notamment des serviettes hygiéniques pour les filles.
"Quel travail à la maison ? Je n'ai plus de maison"
Emploi du temps modifié, cours dans des salles de classe sans climatisation et parfois sans une partie du plafond, traumatismes liés à Chido, manque de visibilité sur les modalités des examens, situations personnelles compliquées…, retrouver un rythme scolaire n’est tout simplement pas possible pour de nombreux lycéens, comme Anissa Madi, élève en classe de terminale. « Le bac arrive, on est en retard, on a peur. Les professeurs ne sont pas encore tous sur l’île et dans certaines classes il n’y a pas de ventilateurs, ni de clim. On a vu des professeurs pleurer, certains ont également perdu leur toit », décrit la jeune fille. « On ne sait pas si ce sera un bac Chido ou un bac normal », renchérit Ali Abdou Djoubair, lui aussi en terminale. Des mesures devraient être annoncées dans les prochains jours par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, mais le délai pèse sur les élèves qui n’ont aucune visibilité.
C’est le cas de Djez, qui a perdu sa maison dans le cyclone. « Quel travail à la maison ? Je n’ai plus de maison », lance-t-il, interrogé sur la possibilité de travailler chez lui. « Je ne suis pas un mauvais élève mais je ne pense pas que j’aurai le bac. Quand je rentre de l’école, mon plafond c’est le ciel. Les traumatismes sont là, je n’ai plus la motivation. Le professeur peut me répéter 30 fois la même chose, je n’arriverai pas à comprendre, à enregistrer », continue le jeune homme. « Trois jours par semaine, tu es obligé de porter les mêmes vêtements, je n’ai plus rien. J’ai essayé de dire à mon professeur que je ne pouvais pas travailler, mais il n’a pas voulu comprendre ».
l est 13h, les cours de l’après-midi reprennent. A peine installés dans une salle de classe, quelques lycéens sortent leurs éventails pour tenter de s’aérer, tandis que d’autres ont le front perlé de sueur. Plus de la moitié des élèves lèvent la main pour signaler qu’ils ont perdu leurs cours dans le cyclone. Tous font état d’une rentrée difficile. « Il y a une peur qui nous anime pour les examens », raconte une lycéenne, « d’autres camarades sont partis de Mayotte pour aller à l’école, et nous on reste là, on attend… ».
Assis par terre à l’ombre, calculette à la main, un lycéen révise ses cours de mathématiques au lycée Younoussa Bamana de Mamoudzou, vendredi 7 février en début d’après-midi. Dans 4 mois il passera les épreuves du baccalauréat, comme tous les autres lycéens en classe de terminale en France. A côté de lui, se dressent les ruines d’un bâtiment complètement détruit par le passage du cyclone Chido. Seuls les tableaux blancs encore accrochés aux murs indiquent que s’y trouvaient plusieurs salles de classe. Au loin, les consignes d’un professeur qui donne un cours, toutes fenêtres ouvertes, rompent le silence.
Près de deux semaines après la rentrée, élèves, professeurs, personnel du lycée, essayent tant bien que mal de trouver un rythme de travail, alors que l’établissement est toujours sinistré. Sur les 75 salles de classe, 30 sont inutilisables.
"On n'a pas à assurer la continuité pédagogique, car les élèves sont sur un vrai rythme scolaire"
« Il y a des bâtiments qui ne sont pas opérationnels mais beaucoup sont en bon état, donc on s’appuie sur eux », explique le proviseur du lycée Serge Rodrigues, en regardant des plans disposés sur son bureau. D’un côté y sont inscrites des dates de réouvertures de bâtiments, « 21 février : salle des professeurs », « 17 mars : infirmerie »..., de l’autre des icônes signalent les salles qui vont être rasées. « Le travail est en cours, on va construire des bâtiments à deux étages à la place de ceux qu’on va raser, cela permettra d’agrandir la capacité d’accueil », projette le proviseur. Ce dernier espère également l’arrivée de 14 salles de classe en modulaires « pour mars ou au plus tard pour la rentrée en septembre », qui seront installés sur le plateau sportif.
En attendant, Serge Rodrigues se félicite d’avoir réussi « un tour de force » en aménageant les emplois du temps des 2.400 élèves pour optimiser l’utilisation des salles restantes. « Chaque classe vient 1 jour sur 2, du lundi au samedi, ça fait 3 jours par classe. Il faut compter entre 7 et 8h de cours par jour, donc presque 24h de cours par semaine, soit presque l’intégralité de l’emploi du temps habituel et s’ils n’ont pas la totalité de leurs cours, on essaye de leur assurer 100% des cours dans leurs filières », explique-t-il. « Les élèves ont suffisamment de cours pour que le jour où il ne sont pas là ils ont du travail donné par leurs professeurs qui est contrôlé le jour d’après. Du coup on n’a pas à assurer ce qu’on appelle parfois la continuité pédagogique, ils sont sur un vrai rythme scolaire », continue le proviseur.
« La grande majorité des professeurs sont présents. On est dans une situation tout à fait positive qui me satisfait bien. C’était les objectifs que j’avais en tête, 15 jours après la rentrée », conclut Serge Rodrigues.
"On n'a pas compris la pression pour reprendre, on a été maltraités professionnellement"
Un sentiment loin d’être partagé en salle des professeurs. Parmi ceux qui ont accepté de témoigner, tous ont souhaité rester anonymes. « Nous n’avons pas compris la pression exercée pour reprendre aussitôt. Nous avons été maltraités sur le plan professionnel, les conditions ne sont pas réunies », confie une enseignante, exaspérée par ces premiers jours de reprise. « Il n’y a ni livres ni matériel, et une seule imprimante pour 2.500 élèves. Des malaises ont eu lieu en classe, chez les élèves comme chez les professeurs, faute de climatisation ou de ventilateurs fonctionnels. Il fait 36 degrés, c’est invivable. »
Une situation d’autant plus préoccupante que certains élèves accusent deux à trois années de retard dans certaines matières. « Dans ces conditions, avec une telle chaleur, comment peuvent-ils se concentrer ? », interroge-t-elle.
L’enseignante tient à montrer une salle de classe dont une partie du plafond est toujours manquante, « l’eau s’infiltre et il y a quand même cours ici », déplore-t-elle. Depuis la salle on peut apercevoir le ciel derrière le ventilateur du plafond et le vidéoprojecteur. « Dans cette salle j’ai pris de la laine de verre sur la tête », ajoute une enseignante, elle aussi choquée par les conditions de travail.
En plus des conditions de la reprise, certains professeurs alertent sur la situation de leurs élèves, « leur motivation a clairement été impactée par Chido. On essaye tant bien que mal de les motiver, mais ils sont stressés et appréhendent les examens à venir. Le bac c’est bientôt et on ne peut pas tout recommencer, on a un programme à terminer et de nombreux élèves ont perdu leurs cours durant le cyclone », constate une autre professeur, sous l’approbation de quelques collègues qui observent la même chose. Sur les 2.560 élèves de l’établissement, une centaine est partie en métropole ou à La Réunion.
« On se retrouve à devoir gérer des choses qu’on ne sait pas faire… », ajoute une enseignante. « Nous n’avons pas eu une réelle formation pour apprendre à les accompagner, on a seulement été réquisitionnés pendant 3h par l’académie mais ce n’est pas une formation, on a eu une certaine pression du rectorat ».
Une accumulation des problèmes à l'infirmerie
Les élèves dans le besoin peuvent se tourner vers une assistante sociale, une infirmière et un psychologue. Sophie Patin est infirmière au lycée depuis 3 ans, son local a été soufflé par le cyclone, et elle est désormais installée dans la maison des lycéens qu’elle a réaménagée pour obtenir un semblant d’intimité avec les élèves. « Vous avez vu l’état de la salle ? », demande-t-elle en regardant le plafond auréolé. « Lorsqu’il pleut ici l’eau rentre de tous les côtés ».
« Les lycéens ne viennent jamais me voir en me disant qu’ils se sentent mal suite au cyclone. Ils vont commencer à me dire qu’ils ont mal aux genoux, mais quand on continue la discussion ensemble, certains craquent et on se rend compte de leurs souffrances », explique Sophie Patin. « Il y a une accumulation de problèmes. Des élèves qui subissent des violences, notamment des viols, souffrent désormais des suites de Chido qui est venu ajouter une couche. Ce qui est difficile c’est que les violences passent désormais en second plan pour les élèves ». Dans les prochains jours, l’infirmière va lancer des appels aux dons pour que les lycéens puissent recevoir des kits de soins, et notamment des serviettes hygiéniques pour les filles.
"Quel travail à la maison ? Je n'ai plus de maison"
Emploi du temps modifié, cours dans des salles de classe sans climatisation et parfois sans une partie du plafond, traumatismes liés à Chido, manque de visibilité sur les modalités des examens, situations personnelles compliquées…, retrouver un rythme scolaire n’est tout simplement pas possible pour de nombreux lycéens, comme Anissa Madi, élève en classe de terminale. « Le bac arrive, on est en retard, on a peur. Les professeurs ne sont pas encore tous sur l’île et dans certaines classes il n’y a pas de ventilateurs, ni de clim. On a vu des professeurs pleurer, certains ont également perdu leur toit », décrit la jeune fille. « On ne sait pas si ce sera un bac Chido ou un bac normal », renchérit Ali Abdou Djoubair, lui aussi en terminale. Des mesures devraient être annoncées dans les prochains jours par la ministre de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Elisabeth Borne, mais le délai pèse sur les élèves qui n’ont aucune visibilité.
C’est le cas de Djez, qui a perdu sa maison dans le cyclone. « Quel travail à la maison ? Je n’ai plus de maison », lance-t-il, interrogé sur la possibilité de travailler chez lui. « Je ne suis pas un mauvais élève mais je ne pense pas que j’aurai le bac. Quand je rentre de l’école, mon plafond c’est le ciel. Les traumatismes sont là, je n’ai plus la motivation. Le professeur peut me répéter 30 fois la même chose, je n’arriverai pas à comprendre, à enregistrer », continue le jeune homme. « Trois jours par semaine, tu es obligé de porter les mêmes vêtements, je n’ai plus rien. J’ai essayé de dire à mon professeur que je ne pouvais pas travailler, mais il n’a pas voulu comprendre ».
l est 13h, les cours de l’après-midi reprennent. A peine installés dans une salle de classe, quelques lycéens sortent leurs éventails pour tenter de s’aérer, tandis que d’autres ont le front perlé de sueur. Plus de la moitié des élèves lèvent la main pour signaler qu’ils ont perdu leurs cours dans le cyclone. Tous font état d’une rentrée difficile. « Il y a une peur qui nous anime pour les examens », raconte une lycéenne, « d’autres camarades sont partis de Mayotte pour aller à l’école, et nous on reste là, on attend… ».
Backstage
Plusieurs semaines après la rentrée très attendue du 27 janvier 2025, il était essentiel de faire le point sur la situation des lycéens, nombreux à se préparer pour le baccalauréat.
En arpentant les ruelles de Mamoudzou, impossible de manquer le lycée Younoussa Bamana, perché sur les hauteurs. Devant le portail, les bâtiments détruits par le cyclone s’élèvent comme de sinistres vestiges, et les élèves passent chaque jour devant ces structures endommagées pour rejoindre leurs salles de classe elles aussi touchées.
J’avais rendez-vous avec le proviseur. En attendant, j’observais les élèves demander des informations pour accéder à ParcourSup, tandis que certains me confiaient ne plus avoir de maison.
Dans son bureau, le proviseur m’a montré les plans détaillés du lycée et des bâtiments affectés, assurant que tout allait bien et que, malgré la situation difficile, les objectifs avaient été atteints. Pour les professeurs et les élèves, la réalité est bien différente.
J’ai réalisé ce sujet seul, sans suivre de visite organisée par l’académie, profitant de la liberté de prendre le temps nécessaire. Une rareté pour un sujet sur les écoles, tant l’accès aux établissements et aux témoignages reste difficile à Mayotte, où les enjeux éducatifs sont particulièrement cruciaux.



