Le désespoir au milieu des affrontements à la frontière entre Dembéni et Iloni (2/2)
Pour Marissa*, pas de temps à perdre. En ce début d’après-midi, lundi 24 janvier, il faut impérativement mettre à l’abri les provisions de son magasin situé en rez-de-chaussée, avant une nouvelle nuit d’affrontements entre bandes rivales sur les hauteurs de Dembéni, à quelques encablures de l’université de Mayotte. Packs de sodas, biscuits, sandalettes, ou bien couvertures…, avec sa sœur Nadia et son beau-frère Ali, Marissa enchaîne les allers-retours entre la petite boutique et les étages de la maison, qui serviront d’entrepôt le temps des affrontements. "Cette nuit on a eu de la chance ils ne sont pas rentrés, mais ça ne sera peut-être pas le cas ce soir", estime Marissa, en montrant les marques sur la porte du magasin. "Ça fait seulement trois semaines qu’on a rouvert après Chido et on doit déjà tout remballer", déplore Ali, "si quelqu’un veut nous acheter quelque chose on lui donne à la va-vite en ouvrant à moitié le portail".
« On se retrouve à vivre cachés comme des chiens »
Obligée d’empaqueter rapidement les denrées de son magasin, sans faire aucun bruit, Marissa réalise à quel point sa vie est devenue difficile depuis son retour de métropole il y a trois ans. “Je suis revenue avec mon mari et mon fils pour vivre dans la maison familiale à Mayotte, mais au final on se retrouve à vivre cachés comme des chiens ici. Même les pizzerias et les restaurants du quartier où on avait l’habitude de sortir ont été brûlés”, raconte-t-elle, en colère. Depuis la reprise des affrontements, notamment suite à la mort d’un lycéen, vendredi 21 février, elle quitte sa maison tous les soirs pour aller dormir à Mamoudzou, chez la mère de son mari.
Le dimanche 16 février, ce dernier a été traîné hors de sa chambre par plusieurs jeunes qui l’ont ensuite tabassé dans la rue sous ses yeux sans qu’elle ne puisse intervenir. “Si vous êtes un homme ici c’est très dangereux pour vous. S’ils vous attrapent, c’est terminé”, lance Marissa, qui ne souhaite pas rentrer plus dans les détails de l’agression. “Je suis en train de chercher un logement pour quitter définitivement Dembéni. Ce n’est plus supportable mais ça me brise le cœur car c’est la maison où j’ai grandi, et je voulais reprendre le commerce de ma mère”.
Le voisinage se réfugie dans la maison en briques et en béton
De leurs côtés, Nadia et Ali n’ont pas la chance de pouvoir quitter le quartier à la tombée de la nuit. Ils ont vécu les derniers jours cloîtrés au troisième étage de la maison, alors que toute la rue s’embrasait et ils s’apprêtent à faire la même chose ce soir. Le bâtiment, en briques et en béton, est l’un des seuls qui peut résister aux assauts des jeunes dans ce quartier composé de nombreuses cases en tôle, expliquent-ils. Lorsque les rixes commencent, c’est tout le voisinage qui vient se réfugier chez le couple en courant, soit une dizaine de personnes minimum. “En tant qu’homme, je connais les risques mais je ne voulais pas partir”, confie Ali, “je me dois de rester là pour protéger les autres”.
“Même si toute l’armée de France vient ici, ça ne suffira pas, s’ils ne tirent pas à balles réelles !”, insiste Nadia, exaspérée par cette situation qui dure depuis des années. “Les gendarmes ne leur font pas peur, c’est ça le vrai problème. Je veux bien que la France soit le pays des libertés mais là ce n’est plus possible. Ces jeunes ne parlent pas le même langage que nous. Il faut tirer à balles réelles”, répète-t-elle, à côté de son mari. Un sentiment partagé par de plus en plus de personnes dans le quartier mais aussi sur le territoire. Avec Ali, ils pensent de plus en plus à investir dans un moyen de défense, quitte à ne pas respecter la légalité.
“Beaucoup d’adolescents ou d’adultes profitent des rixes entre les jeunes des deux communes pour s’immiscer dans le quartier et piller. Au début, on voit que des gamins de 10 ans encagoulés et après on voit arriver les autres”, observe Nadia. “Mais au fond je me fiche que ce soit les jeunes de Dembéni ou d’Iloni qui ont commencé les bagarres, nous on essaye juste de vivre ici en paix”.
Pour Marissa, Nadia et Ali comme pour de nombreux habitants, les affrontements des derniers jours sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, en ce début d'année difficile. La plupart d’entre eux venaient tout juste de rouvrir leurs magasins ou bien de retrouver une voiture après le passage du cyclone Chido. Ils ont à nouveau tout perdu.
Voitures brûlées, portes d’entrées détruites, vols et menaces à répétition
Un peu plus bas dans le quartier, qui a des allures de no man’s land avec ses carcasses de voitures brûlées, c’est le calme avant la tempête. Cette nuit des affrontements violents sont une nouvelle fois attendus. Ici et là, les habitants qui n’ont pas quitté le quartier rafistolent à la hâte les verrous sur les portes d’entrées quand celles-ci ne sont pas arrachées ou brûlées par terre.


Fatiha tient sa porte d’entrée éventrée dans ses mains et la jette dehors à côté d’une carcasse de voiture pour s’en débarrasser. Son magasin a été pillé sous ses yeux dans la nuit du dimanche à lundi. “Les jeunes ont détruit la porte et se sont directement servis dans les rayons”, retrace la femme d’un certain âge, avec l’aide de sa fille, qui l’aide à traduire ses mots en français. Pour cette famille qui n’a déjà pas beaucoup de moyens, les pillages s’ajoutent aux difficultés, et Fatiha à du mal à comprendre pourquoi ils s’en prennent à elle. “Les jeunes m’ont volé la carte d’identité, le titre de séjour, tous les papiers”, continue-t-elle en montrant les deux bouteilles de lait qui lui restent dans son étagère vide. A côté d’elle, son amie Naïma, se précipite sous le bureau pour montrer comment elle se met à l’abri à la moindre alerte. “Ils nous menacent sans arrêt avec des machettes”, dit-elle de manière évidente, signe d’une scène quasi quotidienne.
A côté de l'échoppe, depuis sa case en tôle, Omar, la quarantaine, observe le lagon qui se dessine au loin, tandis que ses jeunes enfants jouent derrière lui. Il a étalé sur le sol quelques oignons rouges et des melons jaunes, qu’il espère vendre aux habitants du quartier encore présents. Lui n’a pas d’autres choix que de rester vivre ici, dans la crainte quotidienne, et s’il espère une accalmie dans les prochains jours, il sait que cela ne dure jamais très longtemps. A la tombée de la nuit, il ne peut pas rester avec ses enfants dans sa maison, trop fragile, trop pénétrable. “Lorsque je vois les jeunes arrivés, je prends mes enfants et je cours me réfugier chez la voisine”, dit-il en montrant la maison de Marissa d’un geste du menton. Ce soir il sait déjà qu’il va devoir courir pour sa vie et celle de ses enfants.
Pour Marissa*, pas de temps à perdre. En ce début d’après-midi, lundi 24 janvier, il faut impérativement mettre à l’abri les provisions de son magasin situé en rez-de-chaussée, avant une nouvelle nuit d’affrontements entre bandes rivales sur les hauteurs de Dembéni, à quelques encablures de l’université de Mayotte. Packs de sodas, biscuits, sandalettes, ou bien couvertures…, avec sa sœur Nadia et son beau-frère Ali, Marissa enchaîne les allers-retours entre la petite boutique et les étages de la maison, qui serviront d’entrepôt le temps des affrontements. "Cette nuit on a eu de la chance ils ne sont pas rentrés, mais ça ne sera peut-être pas le cas ce soir", estime Marissa, en montrant les marques sur la porte du magasin. "Ça fait seulement trois semaines qu’on a rouvert après Chido et on doit déjà tout remballer", déplore Ali, "si quelqu’un veut nous acheter quelque chose on lui donne à la va-vite en ouvrant à moitié le portail".
« On se retrouve à vivre cachés comme des chiens »
Obligée d’empaqueter rapidement les denrées de son magasin, sans faire aucun bruit, Marissa réalise à quel point sa vie est devenue difficile depuis son retour de métropole il y a trois ans. “Je suis revenue avec mon mari et mon fils pour vivre dans la maison familiale à Mayotte, mais au final on se retrouve à vivre cachés comme des chiens ici. Même les pizzerias et les restaurants du quartier où on avait l’habitude de sortir ont été brûlés”, raconte-t-elle, en colère. Depuis la reprise des affrontements, notamment suite à la mort d’un lycéen, vendredi 21 février, elle quitte sa maison tous les soirs pour aller dormir à Mamoudzou, chez la mère de son mari.
Le dimanche 16 février, ce dernier a été traîné hors de sa chambre par plusieurs jeunes qui l’ont ensuite tabassé dans la rue sous ses yeux sans qu’elle ne puisse intervenir. “Si vous êtes un homme ici c’est très dangereux pour vous. S’ils vous attrapent, c’est terminé”, lance Marissa, qui ne souhaite pas rentrer plus dans les détails de l’agression. “Je suis en train de chercher un logement pour quitter définitivement Dembéni. Ce n’est plus supportable mais ça me brise le cœur car c’est la maison où j’ai grandi, et je voulais reprendre le commerce de ma mère”.
Le voisinage se réfugie dans la maison en briques et en béton
De leurs côtés, Nadia et Ali n’ont pas la chance de pouvoir quitter le quartier à la tombée de la nuit. Ils ont vécu les derniers jours cloîtrés au troisième étage de la maison, alors que toute la rue s’embrasait et ils s’apprêtent à faire la même chose ce soir. Le bâtiment, en briques et en béton, est l’un des seuls qui peut résister aux assauts des jeunes dans ce quartier composé de nombreuses cases en tôle, expliquent-ils. Lorsque les rixes commencent, c’est tout le voisinage qui vient se réfugier chez le couple en courant, soit une dizaine de personnes minimum. “En tant qu’homme, je connais les risques mais je ne voulais pas partir”, confie Ali, “je me dois de rester là pour protéger les autres”.
“Même si toute l’armée de France vient ici, ça ne suffira pas, s’ils ne tirent pas à balles réelles !”, insiste Nadia, exaspérée par cette situation qui dure depuis des années. “Les gendarmes ne leur font pas peur, c’est ça le vrai problème. Je veux bien que la France soit le pays des libertés mais là ce n’est plus possible. Ces jeunes ne parlent pas le même langage que nous. Il faut tirer à balles réelles”, répète-t-elle, à côté de son mari. Un sentiment partagé par de plus en plus de personnes dans le quartier mais aussi sur le territoire. Avec Ali, ils pensent de plus en plus à investir dans un moyen de défense, quitte à ne pas respecter la légalité.
“Beaucoup d’adolescents ou d’adultes profitent des rixes entre les jeunes des deux communes pour s’immiscer dans le quartier et piller. Au début, on voit que des gamins de 10 ans encagoulés et après on voit arriver les autres”, observe Nadia. “Mais au fond je me fiche que ce soit les jeunes de Dembéni ou d’Iloni qui ont commencé les bagarres, nous on essaye juste de vivre ici en paix”.
Pour Marissa, Nadia et Ali comme pour de nombreux habitants, les affrontements des derniers jours sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, en ce début d'année difficile. La plupart d’entre eux venaient tout juste de rouvrir leurs magasins ou bien de retrouver une voiture après le passage du cyclone Chido. Ils ont à nouveau tout perdu.
Voitures brûlées, portes d’entrées détruites, vols et menaces à répétition
Un peu plus bas dans le quartier, qui a des allures de no man’s land avec ses carcasses de voitures brûlées, c’est le calme avant la tempête. Cette nuit des affrontements violents sont une nouvelle fois attendus. Ici et là, les habitants qui n’ont pas quitté le quartier rafistolent à la hâte les verrous sur les portes d’entrées quand celles-ci ne sont pas arrachées ou brûlées par terre.


Fatiha tient sa porte d’entrée éventrée dans ses mains et la jette dehors à côté d’une carcasse de voiture pour s’en débarrasser. Son magasin a été pillé sous ses yeux dans la nuit du dimanche à lundi. “Les jeunes ont détruit la porte et se sont directement servis dans les rayons”, retrace la femme d’un certain âge, avec l’aide de sa fille, qui l’aide à traduire ses mots en français. Pour cette famille qui n’a déjà pas beaucoup de moyens, les pillages s’ajoutent aux difficultés, et Fatiha à du mal à comprendre pourquoi ils s’en prennent à elle. “Les jeunes m’ont volé la carte d’identité, le titre de séjour, tous les papiers”, continue-t-elle en montrant les deux bouteilles de lait qui lui restent dans son étagère vide. A côté d’elle, son amie Naïma, se précipite sous le bureau pour montrer comment elle se met à l’abri à la moindre alerte. “Ils nous menacent sans arrêt avec des machettes”, dit-elle de manière évidente, signe d’une scène quasi quotidienne.
A côté de l'échoppe, depuis sa case en tôle, Omar, la quarantaine, observe le lagon qui se dessine au loin, tandis que ses jeunes enfants jouent derrière lui. Il a étalé sur le sol quelques oignons rouges et des melons jaunes, qu’il espère vendre aux habitants du quartier encore présents. Lui n’a pas d’autres choix que de rester vivre ici, dans la crainte quotidienne, et s’il espère une accalmie dans les prochains jours, il sait que cela ne dure jamais très longtemps. A la tombée de la nuit, il ne peut pas rester avec ses enfants dans sa maison, trop fragile, trop pénétrable. “Lorsque je vois les jeunes arrivés, je prends mes enfants et je cours me réfugier chez la voisine”, dit-il en montrant la maison de Marissa d’un geste du menton. Ce soir il sait déjà qu’il va devoir courir pour sa vie et celle de ses enfants.
Pour Marissa*, pas de temps à perdre. En ce début d’après-midi, lundi 24 janvier, il faut impérativement mettre à l’abri les provisions de son magasin situé en rez-de-chaussée, avant une nouvelle nuit d’affrontements entre bandes rivales sur les hauteurs de Dembéni, à quelques encablures de l’université de Mayotte. Packs de sodas, biscuits, sandalettes, ou bien couvertures…, avec sa sœur Nadia et son beau-frère Ali, Marissa enchaîne les allers-retours entre la petite boutique et les étages de la maison, qui serviront d’entrepôt le temps des affrontements. "Cette nuit on a eu de la chance ils ne sont pas rentrés, mais ça ne sera peut-être pas le cas ce soir", estime Marissa, en montrant les marques sur la porte du magasin. "Ça fait seulement trois semaines qu’on a rouvert après Chido et on doit déjà tout remballer", déplore Ali, "si quelqu’un veut nous acheter quelque chose on lui donne à la va-vite en ouvrant à moitié le portail".
« On se retrouve à vivre cachés comme des chiens »
Obligée d’empaqueter rapidement les denrées de son magasin, sans faire aucun bruit, Marissa réalise à quel point sa vie est devenue difficile depuis son retour de métropole il y a trois ans. “Je suis revenue avec mon mari et mon fils pour vivre dans la maison familiale à Mayotte, mais au final on se retrouve à vivre cachés comme des chiens ici. Même les pizzerias et les restaurants du quartier où on avait l’habitude de sortir ont été brûlés”, raconte-t-elle, en colère. Depuis la reprise des affrontements, notamment suite à la mort d’un lycéen, vendredi 21 février, elle quitte sa maison tous les soirs pour aller dormir à Mamoudzou, chez la mère de son mari.
Le dimanche 16 février, ce dernier a été traîné hors de sa chambre par plusieurs jeunes qui l’ont ensuite tabassé dans la rue sous ses yeux sans qu’elle ne puisse intervenir. “Si vous êtes un homme ici c’est très dangereux pour vous. S’ils vous attrapent, c’est terminé”, lance Marissa, qui ne souhaite pas rentrer plus dans les détails de l’agression. “Je suis en train de chercher un logement pour quitter définitivement Dembéni. Ce n’est plus supportable mais ça me brise le cœur car c’est la maison où j’ai grandi, et je voulais reprendre le commerce de ma mère”.
Le voisinage se réfugie dans la maison en briques et en béton
De leurs côtés, Nadia et Ali n’ont pas la chance de pouvoir quitter le quartier à la tombée de la nuit. Ils ont vécu les derniers jours cloîtrés au troisième étage de la maison, alors que toute la rue s’embrasait et ils s’apprêtent à faire la même chose ce soir. Le bâtiment, en briques et en béton, est l’un des seuls qui peut résister aux assauts des jeunes dans ce quartier composé de nombreuses cases en tôle, expliquent-ils. Lorsque les rixes commencent, c’est tout le voisinage qui vient se réfugier chez le couple en courant, soit une dizaine de personnes minimum. “En tant qu’homme, je connais les risques mais je ne voulais pas partir”, confie Ali, “je me dois de rester là pour protéger les autres”.
“Même si toute l’armée de France vient ici, ça ne suffira pas, s’ils ne tirent pas à balles réelles !”, insiste Nadia, exaspérée par cette situation qui dure depuis des années. “Les gendarmes ne leur font pas peur, c’est ça le vrai problème. Je veux bien que la France soit le pays des libertés mais là ce n’est plus possible. Ces jeunes ne parlent pas le même langage que nous. Il faut tirer à balles réelles”, répète-t-elle, à côté de son mari. Un sentiment partagé par de plus en plus de personnes dans le quartier mais aussi sur le territoire. Avec Ali, ils pensent de plus en plus à investir dans un moyen de défense, quitte à ne pas respecter la légalité.
“Beaucoup d’adolescents ou d’adultes profitent des rixes entre les jeunes des deux communes pour s’immiscer dans le quartier et piller. Au début, on voit que des gamins de 10 ans encagoulés et après on voit arriver les autres”, observe Nadia. “Mais au fond je me fiche que ce soit les jeunes de Dembéni ou d’Iloni qui ont commencé les bagarres, nous on essaye juste de vivre ici en paix”.
Pour Marissa, Nadia et Ali comme pour de nombreux habitants, les affrontements des derniers jours sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, en ce début d'année difficile. La plupart d’entre eux venaient tout juste de rouvrir leurs magasins ou bien de retrouver une voiture après le passage du cyclone Chido. Ils ont à nouveau tout perdu.
Voitures brûlées, portes d’entrées détruites, vols et menaces à répétition
Un peu plus bas dans le quartier, qui a des allures de no man’s land avec ses carcasses de voitures brûlées, c’est le calme avant la tempête. Cette nuit des affrontements violents sont une nouvelle fois attendus. Ici et là, les habitants qui n’ont pas quitté le quartier rafistolent à la hâte les verrous sur les portes d’entrées quand celles-ci ne sont pas arrachées ou brûlées par terre.


Fatiha tient sa porte d’entrée éventrée dans ses mains et la jette dehors à côté d’une carcasse de voiture pour s’en débarrasser. Son magasin a été pillé sous ses yeux dans la nuit du dimanche à lundi. “Les jeunes ont détruit la porte et se sont directement servis dans les rayons”, retrace la femme d’un certain âge, avec l’aide de sa fille, qui l’aide à traduire ses mots en français. Pour cette famille qui n’a déjà pas beaucoup de moyens, les pillages s’ajoutent aux difficultés, et Fatiha à du mal à comprendre pourquoi ils s’en prennent à elle. “Les jeunes m’ont volé la carte d’identité, le titre de séjour, tous les papiers”, continue-t-elle en montrant les deux bouteilles de lait qui lui restent dans son étagère vide. A côté d’elle, son amie Naïma, se précipite sous le bureau pour montrer comment elle se met à l’abri à la moindre alerte. “Ils nous menacent sans arrêt avec des machettes”, dit-elle de manière évidente, signe d’une scène quasi quotidienne.
A côté de l'échoppe, depuis sa case en tôle, Omar, la quarantaine, observe le lagon qui se dessine au loin, tandis que ses jeunes enfants jouent derrière lui. Il a étalé sur le sol quelques oignons rouges et des melons jaunes, qu’il espère vendre aux habitants du quartier encore présents. Lui n’a pas d’autres choix que de rester vivre ici, dans la crainte quotidienne, et s’il espère une accalmie dans les prochains jours, il sait que cela ne dure jamais très longtemps. A la tombée de la nuit, il ne peut pas rester avec ses enfants dans sa maison, trop fragile, trop pénétrable. “Lorsque je vois les jeunes arrivés, je prends mes enfants et je cours me réfugier chez la voisine”, dit-il en montrant la maison de Marissa d’un geste du menton. Ce soir il sait déjà qu’il va devoir courir pour sa vie et celle de ses enfants.
Pour Marissa*, pas de temps à perdre. En ce début d’après-midi, lundi 24 janvier, il faut impérativement mettre à l’abri les provisions de son magasin situé en rez-de-chaussée, avant une nouvelle nuit d’affrontements entre bandes rivales sur les hauteurs de Dembéni, à quelques encablures de l’université de Mayotte. Packs de sodas, biscuits, sandalettes, ou bien couvertures…, avec sa sœur Nadia et son beau-frère Ali, Marissa enchaîne les allers-retours entre la petite boutique et les étages de la maison, qui serviront d’entrepôt le temps des affrontements. "Cette nuit on a eu de la chance ils ne sont pas rentrés, mais ça ne sera peut-être pas le cas ce soir", estime Marissa, en montrant les marques sur la porte du magasin. "Ça fait seulement trois semaines qu’on a rouvert après Chido et on doit déjà tout remballer", déplore Ali, "si quelqu’un veut nous acheter quelque chose on lui donne à la va-vite en ouvrant à moitié le portail".
« On se retrouve à vivre cachés comme des chiens »
Obligée d’empaqueter rapidement les denrées de son magasin, sans faire aucun bruit, Marissa réalise à quel point sa vie est devenue difficile depuis son retour de métropole il y a trois ans. “Je suis revenue avec mon mari et mon fils pour vivre dans la maison familiale à Mayotte, mais au final on se retrouve à vivre cachés comme des chiens ici. Même les pizzerias et les restaurants du quartier où on avait l’habitude de sortir ont été brûlés”, raconte-t-elle, en colère. Depuis la reprise des affrontements, notamment suite à la mort d’un lycéen, vendredi 21 février, elle quitte sa maison tous les soirs pour aller dormir à Mamoudzou, chez la mère de son mari.
Le dimanche 16 février, ce dernier a été traîné hors de sa chambre par plusieurs jeunes qui l’ont ensuite tabassé dans la rue sous ses yeux sans qu’elle ne puisse intervenir. “Si vous êtes un homme ici c’est très dangereux pour vous. S’ils vous attrapent, c’est terminé”, lance Marissa, qui ne souhaite pas rentrer plus dans les détails de l’agression. “Je suis en train de chercher un logement pour quitter définitivement Dembéni. Ce n’est plus supportable mais ça me brise le cœur car c’est la maison où j’ai grandi, et je voulais reprendre le commerce de ma mère”.
Le voisinage se réfugie dans la maison en briques et en béton
De leurs côtés, Nadia et Ali n’ont pas la chance de pouvoir quitter le quartier à la tombée de la nuit. Ils ont vécu les derniers jours cloîtrés au troisième étage de la maison, alors que toute la rue s’embrasait et ils s’apprêtent à faire la même chose ce soir. Le bâtiment, en briques et en béton, est l’un des seuls qui peut résister aux assauts des jeunes dans ce quartier composé de nombreuses cases en tôle, expliquent-ils. Lorsque les rixes commencent, c’est tout le voisinage qui vient se réfugier chez le couple en courant, soit une dizaine de personnes minimum. “En tant qu’homme, je connais les risques mais je ne voulais pas partir”, confie Ali, “je me dois de rester là pour protéger les autres”.
“Même si toute l’armée de France vient ici, ça ne suffira pas, s’ils ne tirent pas à balles réelles !”, insiste Nadia, exaspérée par cette situation qui dure depuis des années. “Les gendarmes ne leur font pas peur, c’est ça le vrai problème. Je veux bien que la France soit le pays des libertés mais là ce n’est plus possible. Ces jeunes ne parlent pas le même langage que nous. Il faut tirer à balles réelles”, répète-t-elle, à côté de son mari. Un sentiment partagé par de plus en plus de personnes dans le quartier mais aussi sur le territoire. Avec Ali, ils pensent de plus en plus à investir dans un moyen de défense, quitte à ne pas respecter la légalité.
“Beaucoup d’adolescents ou d’adultes profitent des rixes entre les jeunes des deux communes pour s’immiscer dans le quartier et piller. Au début, on voit que des gamins de 10 ans encagoulés et après on voit arriver les autres”, observe Nadia. “Mais au fond je me fiche que ce soit les jeunes de Dembéni ou d’Iloni qui ont commencé les bagarres, nous on essaye juste de vivre ici en paix”.
Pour Marissa, Nadia et Ali comme pour de nombreux habitants, les affrontements des derniers jours sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, en ce début d'année difficile. La plupart d’entre eux venaient tout juste de rouvrir leurs magasins ou bien de retrouver une voiture après le passage du cyclone Chido. Ils ont à nouveau tout perdu.
Voitures brûlées, portes d’entrées détruites, vols et menaces à répétition
Un peu plus bas dans le quartier, qui a des allures de no man’s land avec ses carcasses de voitures brûlées, c’est le calme avant la tempête. Cette nuit des affrontements violents sont une nouvelle fois attendus. Ici et là, les habitants qui n’ont pas quitté le quartier rafistolent à la hâte les verrous sur les portes d’entrées quand celles-ci ne sont pas arrachées ou brûlées par terre.


Fatiha tient sa porte d’entrée éventrée dans ses mains et la jette dehors à côté d’une carcasse de voiture pour s’en débarrasser. Son magasin a été pillé sous ses yeux dans la nuit du dimanche à lundi. “Les jeunes ont détruit la porte et se sont directement servis dans les rayons”, retrace la femme d’un certain âge, avec l’aide de sa fille, qui l’aide à traduire ses mots en français. Pour cette famille qui n’a déjà pas beaucoup de moyens, les pillages s’ajoutent aux difficultés, et Fatiha à du mal à comprendre pourquoi ils s’en prennent à elle. “Les jeunes m’ont volé la carte d’identité, le titre de séjour, tous les papiers”, continue-t-elle en montrant les deux bouteilles de lait qui lui restent dans son étagère vide. A côté d’elle, son amie Naïma, se précipite sous le bureau pour montrer comment elle se met à l’abri à la moindre alerte. “Ils nous menacent sans arrêt avec des machettes”, dit-elle de manière évidente, signe d’une scène quasi quotidienne.
A côté de l'échoppe, depuis sa case en tôle, Omar, la quarantaine, observe le lagon qui se dessine au loin, tandis que ses jeunes enfants jouent derrière lui. Il a étalé sur le sol quelques oignons rouges et des melons jaunes, qu’il espère vendre aux habitants du quartier encore présents. Lui n’a pas d’autres choix que de rester vivre ici, dans la crainte quotidienne, et s’il espère une accalmie dans les prochains jours, il sait que cela ne dure jamais très longtemps. A la tombée de la nuit, il ne peut pas rester avec ses enfants dans sa maison, trop fragile, trop pénétrable. “Lorsque je vois les jeunes arrivés, je prends mes enfants et je cours me réfugier chez la voisine”, dit-il en montrant la maison de Marissa d’un geste du menton. Ce soir il sait déjà qu’il va devoir courir pour sa vie et celle de ses enfants.
Pour Marissa*, pas de temps à perdre. En ce début d’après-midi, lundi 24 janvier, il faut impérativement mettre à l’abri les provisions de son magasin situé en rez-de-chaussée, avant une nouvelle nuit d’affrontements entre bandes rivales sur les hauteurs de Dembéni, à quelques encablures de l’université de Mayotte. Packs de sodas, biscuits, sandalettes, ou bien couvertures…, avec sa sœur Nadia et son beau-frère Ali, Marissa enchaîne les allers-retours entre la petite boutique et les étages de la maison, qui serviront d’entrepôt le temps des affrontements. "Cette nuit on a eu de la chance ils ne sont pas rentrés, mais ça ne sera peut-être pas le cas ce soir", estime Marissa, en montrant les marques sur la porte du magasin. "Ça fait seulement trois semaines qu’on a rouvert après Chido et on doit déjà tout remballer", déplore Ali, "si quelqu’un veut nous acheter quelque chose on lui donne à la va-vite en ouvrant à moitié le portail".
« On se retrouve à vivre cachés comme des chiens »
Obligée d’empaqueter rapidement les denrées de son magasin, sans faire aucun bruit, Marissa réalise à quel point sa vie est devenue difficile depuis son retour de métropole il y a trois ans. “Je suis revenue avec mon mari et mon fils pour vivre dans la maison familiale à Mayotte, mais au final on se retrouve à vivre cachés comme des chiens ici. Même les pizzerias et les restaurants du quartier où on avait l’habitude de sortir ont été brûlés”, raconte-t-elle, en colère. Depuis la reprise des affrontements, notamment suite à la mort d’un lycéen, vendredi 21 février, elle quitte sa maison tous les soirs pour aller dormir à Mamoudzou, chez la mère de son mari.
Le dimanche 16 février, ce dernier a été traîné hors de sa chambre par plusieurs jeunes qui l’ont ensuite tabassé dans la rue sous ses yeux sans qu’elle ne puisse intervenir. “Si vous êtes un homme ici c’est très dangereux pour vous. S’ils vous attrapent, c’est terminé”, lance Marissa, qui ne souhaite pas rentrer plus dans les détails de l’agression. “Je suis en train de chercher un logement pour quitter définitivement Dembéni. Ce n’est plus supportable mais ça me brise le cœur car c’est la maison où j’ai grandi, et je voulais reprendre le commerce de ma mère”.
Le voisinage se réfugie dans la maison en briques et en béton
De leurs côtés, Nadia et Ali n’ont pas la chance de pouvoir quitter le quartier à la tombée de la nuit. Ils ont vécu les derniers jours cloîtrés au troisième étage de la maison, alors que toute la rue s’embrasait et ils s’apprêtent à faire la même chose ce soir. Le bâtiment, en briques et en béton, est l’un des seuls qui peut résister aux assauts des jeunes dans ce quartier composé de nombreuses cases en tôle, expliquent-ils. Lorsque les rixes commencent, c’est tout le voisinage qui vient se réfugier chez le couple en courant, soit une dizaine de personnes minimum. “En tant qu’homme, je connais les risques mais je ne voulais pas partir”, confie Ali, “je me dois de rester là pour protéger les autres”.
“Même si toute l’armée de France vient ici, ça ne suffira pas, s’ils ne tirent pas à balles réelles !”, insiste Nadia, exaspérée par cette situation qui dure depuis des années. “Les gendarmes ne leur font pas peur, c’est ça le vrai problème. Je veux bien que la France soit le pays des libertés mais là ce n’est plus possible. Ces jeunes ne parlent pas le même langage que nous. Il faut tirer à balles réelles”, répète-t-elle, à côté de son mari. Un sentiment partagé par de plus en plus de personnes dans le quartier mais aussi sur le territoire. Avec Ali, ils pensent de plus en plus à investir dans un moyen de défense, quitte à ne pas respecter la légalité.
“Beaucoup d’adolescents ou d’adultes profitent des rixes entre les jeunes des deux communes pour s’immiscer dans le quartier et piller. Au début, on voit que des gamins de 10 ans encagoulés et après on voit arriver les autres”, observe Nadia. “Mais au fond je me fiche que ce soit les jeunes de Dembéni ou d’Iloni qui ont commencé les bagarres, nous on essaye juste de vivre ici en paix”.
Pour Marissa, Nadia et Ali comme pour de nombreux habitants, les affrontements des derniers jours sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, en ce début d'année difficile. La plupart d’entre eux venaient tout juste de rouvrir leurs magasins ou bien de retrouver une voiture après le passage du cyclone Chido. Ils ont à nouveau tout perdu.
Voitures brûlées, portes d’entrées détruites, vols et menaces à répétition
Un peu plus bas dans le quartier, qui a des allures de no man’s land avec ses carcasses de voitures brûlées, c’est le calme avant la tempête. Cette nuit des affrontements violents sont une nouvelle fois attendus. Ici et là, les habitants qui n’ont pas quitté le quartier rafistolent à la hâte les verrous sur les portes d’entrées quand celles-ci ne sont pas arrachées ou brûlées par terre.


Fatiha tient sa porte d’entrée éventrée dans ses mains et la jette dehors à côté d’une carcasse de voiture pour s’en débarrasser. Son magasin a été pillé sous ses yeux dans la nuit du dimanche à lundi. “Les jeunes ont détruit la porte et se sont directement servis dans les rayons”, retrace la femme d’un certain âge, avec l’aide de sa fille, qui l’aide à traduire ses mots en français. Pour cette famille qui n’a déjà pas beaucoup de moyens, les pillages s’ajoutent aux difficultés, et Fatiha à du mal à comprendre pourquoi ils s’en prennent à elle. “Les jeunes m’ont volé la carte d’identité, le titre de séjour, tous les papiers”, continue-t-elle en montrant les deux bouteilles de lait qui lui restent dans son étagère vide. A côté d’elle, son amie Naïma, se précipite sous le bureau pour montrer comment elle se met à l’abri à la moindre alerte. “Ils nous menacent sans arrêt avec des machettes”, dit-elle de manière évidente, signe d’une scène quasi quotidienne.
A côté de l'échoppe, depuis sa case en tôle, Omar, la quarantaine, observe le lagon qui se dessine au loin, tandis que ses jeunes enfants jouent derrière lui. Il a étalé sur le sol quelques oignons rouges et des melons jaunes, qu’il espère vendre aux habitants du quartier encore présents. Lui n’a pas d’autres choix que de rester vivre ici, dans la crainte quotidienne, et s’il espère une accalmie dans les prochains jours, il sait que cela ne dure jamais très longtemps. A la tombée de la nuit, il ne peut pas rester avec ses enfants dans sa maison, trop fragile, trop pénétrable. “Lorsque je vois les jeunes arrivés, je prends mes enfants et je cours me réfugier chez la voisine”, dit-il en montrant la maison de Marissa d’un geste du menton. Ce soir il sait déjà qu’il va devoir courir pour sa vie et celle de ses enfants.
Pour Marissa*, pas de temps à perdre. En ce début d’après-midi, lundi 24 janvier, il faut impérativement mettre à l’abri les provisions de son magasin situé en rez-de-chaussée, avant une nouvelle nuit d’affrontements entre bandes rivales sur les hauteurs de Dembéni, à quelques encablures de l’université de Mayotte. Packs de sodas, biscuits, sandalettes, ou bien couvertures…, avec sa sœur Nadia et son beau-frère Ali, Marissa enchaîne les allers-retours entre la petite boutique et les étages de la maison, qui serviront d’entrepôt le temps des affrontements. "Cette nuit on a eu de la chance ils ne sont pas rentrés, mais ça ne sera peut-être pas le cas ce soir", estime Marissa, en montrant les marques sur la porte du magasin. "Ça fait seulement trois semaines qu’on a rouvert après Chido et on doit déjà tout remballer", déplore Ali, "si quelqu’un veut nous acheter quelque chose on lui donne à la va-vite en ouvrant à moitié le portail".
« On se retrouve à vivre cachés comme des chiens »
Obligée d’empaqueter rapidement les denrées de son magasin, sans faire aucun bruit, Marissa réalise à quel point sa vie est devenue difficile depuis son retour de métropole il y a trois ans. “Je suis revenue avec mon mari et mon fils pour vivre dans la maison familiale à Mayotte, mais au final on se retrouve à vivre cachés comme des chiens ici. Même les pizzerias et les restaurants du quartier où on avait l’habitude de sortir ont été brûlés”, raconte-t-elle, en colère. Depuis la reprise des affrontements, notamment suite à la mort d’un lycéen, vendredi 21 février, elle quitte sa maison tous les soirs pour aller dormir à Mamoudzou, chez la mère de son mari.
Le dimanche 16 février, ce dernier a été traîné hors de sa chambre par plusieurs jeunes qui l’ont ensuite tabassé dans la rue sous ses yeux sans qu’elle ne puisse intervenir. “Si vous êtes un homme ici c’est très dangereux pour vous. S’ils vous attrapent, c’est terminé”, lance Marissa, qui ne souhaite pas rentrer plus dans les détails de l’agression. “Je suis en train de chercher un logement pour quitter définitivement Dembéni. Ce n’est plus supportable mais ça me brise le cœur car c’est la maison où j’ai grandi, et je voulais reprendre le commerce de ma mère”.
Le voisinage se réfugie dans la maison en briques et en béton
De leurs côtés, Nadia et Ali n’ont pas la chance de pouvoir quitter le quartier à la tombée de la nuit. Ils ont vécu les derniers jours cloîtrés au troisième étage de la maison, alors que toute la rue s’embrasait et ils s’apprêtent à faire la même chose ce soir. Le bâtiment, en briques et en béton, est l’un des seuls qui peut résister aux assauts des jeunes dans ce quartier composé de nombreuses cases en tôle, expliquent-ils. Lorsque les rixes commencent, c’est tout le voisinage qui vient se réfugier chez le couple en courant, soit une dizaine de personnes minimum. “En tant qu’homme, je connais les risques mais je ne voulais pas partir”, confie Ali, “je me dois de rester là pour protéger les autres”.
“Même si toute l’armée de France vient ici, ça ne suffira pas, s’ils ne tirent pas à balles réelles !”, insiste Nadia, exaspérée par cette situation qui dure depuis des années. “Les gendarmes ne leur font pas peur, c’est ça le vrai problème. Je veux bien que la France soit le pays des libertés mais là ce n’est plus possible. Ces jeunes ne parlent pas le même langage que nous. Il faut tirer à balles réelles”, répète-t-elle, à côté de son mari. Un sentiment partagé par de plus en plus de personnes dans le quartier mais aussi sur le territoire. Avec Ali, ils pensent de plus en plus à investir dans un moyen de défense, quitte à ne pas respecter la légalité.
“Beaucoup d’adolescents ou d’adultes profitent des rixes entre les jeunes des deux communes pour s’immiscer dans le quartier et piller. Au début, on voit que des gamins de 10 ans encagoulés et après on voit arriver les autres”, observe Nadia. “Mais au fond je me fiche que ce soit les jeunes de Dembéni ou d’Iloni qui ont commencé les bagarres, nous on essaye juste de vivre ici en paix”.
Pour Marissa, Nadia et Ali comme pour de nombreux habitants, les affrontements des derniers jours sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, en ce début d'année difficile. La plupart d’entre eux venaient tout juste de rouvrir leurs magasins ou bien de retrouver une voiture après le passage du cyclone Chido. Ils ont à nouveau tout perdu.
Voitures brûlées, portes d’entrées détruites, vols et menaces à répétition
Un peu plus bas dans le quartier, qui a des allures de no man’s land avec ses carcasses de voitures brûlées, c’est le calme avant la tempête. Cette nuit des affrontements violents sont une nouvelle fois attendus. Ici et là, les habitants qui n’ont pas quitté le quartier rafistolent à la hâte les verrous sur les portes d’entrées quand celles-ci ne sont pas arrachées ou brûlées par terre.


Fatiha tient sa porte d’entrée éventrée dans ses mains et la jette dehors à côté d’une carcasse de voiture pour s’en débarrasser. Son magasin a été pillé sous ses yeux dans la nuit du dimanche à lundi. “Les jeunes ont détruit la porte et se sont directement servis dans les rayons”, retrace la femme d’un certain âge, avec l’aide de sa fille, qui l’aide à traduire ses mots en français. Pour cette famille qui n’a déjà pas beaucoup de moyens, les pillages s’ajoutent aux difficultés, et Fatiha à du mal à comprendre pourquoi ils s’en prennent à elle. “Les jeunes m’ont volé la carte d’identité, le titre de séjour, tous les papiers”, continue-t-elle en montrant les deux bouteilles de lait qui lui restent dans son étagère vide. A côté d’elle, son amie Naïma, se précipite sous le bureau pour montrer comment elle se met à l’abri à la moindre alerte. “Ils nous menacent sans arrêt avec des machettes”, dit-elle de manière évidente, signe d’une scène quasi quotidienne.
A côté de l'échoppe, depuis sa case en tôle, Omar, la quarantaine, observe le lagon qui se dessine au loin, tandis que ses jeunes enfants jouent derrière lui. Il a étalé sur le sol quelques oignons rouges et des melons jaunes, qu’il espère vendre aux habitants du quartier encore présents. Lui n’a pas d’autres choix que de rester vivre ici, dans la crainte quotidienne, et s’il espère une accalmie dans les prochains jours, il sait que cela ne dure jamais très longtemps. A la tombée de la nuit, il ne peut pas rester avec ses enfants dans sa maison, trop fragile, trop pénétrable. “Lorsque je vois les jeunes arrivés, je prends mes enfants et je cours me réfugier chez la voisine”, dit-il en montrant la maison de Marissa d’un geste du menton. Ce soir il sait déjà qu’il va devoir courir pour sa vie et celle de ses enfants.
Pour Marissa*, pas de temps à perdre. En ce début d’après-midi, lundi 24 janvier, il faut impérativement mettre à l’abri les provisions de son magasin situé en rez-de-chaussée, avant une nouvelle nuit d’affrontements entre bandes rivales sur les hauteurs de Dembéni, à quelques encablures de l’université de Mayotte. Packs de sodas, biscuits, sandalettes, ou bien couvertures…, avec sa sœur Nadia et son beau-frère Ali, Marissa enchaîne les allers-retours entre la petite boutique et les étages de la maison, qui serviront d’entrepôt le temps des affrontements. "Cette nuit on a eu de la chance ils ne sont pas rentrés, mais ça ne sera peut-être pas le cas ce soir", estime Marissa, en montrant les marques sur la porte du magasin. "Ça fait seulement trois semaines qu’on a rouvert après Chido et on doit déjà tout remballer", déplore Ali, "si quelqu’un veut nous acheter quelque chose on lui donne à la va-vite en ouvrant à moitié le portail".
« On se retrouve à vivre cachés comme des chiens »
Obligée d’empaqueter rapidement les denrées de son magasin, sans faire aucun bruit, Marissa réalise à quel point sa vie est devenue difficile depuis son retour de métropole il y a trois ans. “Je suis revenue avec mon mari et mon fils pour vivre dans la maison familiale à Mayotte, mais au final on se retrouve à vivre cachés comme des chiens ici. Même les pizzerias et les restaurants du quartier où on avait l’habitude de sortir ont été brûlés”, raconte-t-elle, en colère. Depuis la reprise des affrontements, notamment suite à la mort d’un lycéen, vendredi 21 février, elle quitte sa maison tous les soirs pour aller dormir à Mamoudzou, chez la mère de son mari.
Le dimanche 16 février, ce dernier a été traîné hors de sa chambre par plusieurs jeunes qui l’ont ensuite tabassé dans la rue sous ses yeux sans qu’elle ne puisse intervenir. “Si vous êtes un homme ici c’est très dangereux pour vous. S’ils vous attrapent, c’est terminé”, lance Marissa, qui ne souhaite pas rentrer plus dans les détails de l’agression. “Je suis en train de chercher un logement pour quitter définitivement Dembéni. Ce n’est plus supportable mais ça me brise le cœur car c’est la maison où j’ai grandi, et je voulais reprendre le commerce de ma mère”.
Le voisinage se réfugie dans la maison en briques et en béton
De leurs côtés, Nadia et Ali n’ont pas la chance de pouvoir quitter le quartier à la tombée de la nuit. Ils ont vécu les derniers jours cloîtrés au troisième étage de la maison, alors que toute la rue s’embrasait et ils s’apprêtent à faire la même chose ce soir. Le bâtiment, en briques et en béton, est l’un des seuls qui peut résister aux assauts des jeunes dans ce quartier composé de nombreuses cases en tôle, expliquent-ils. Lorsque les rixes commencent, c’est tout le voisinage qui vient se réfugier chez le couple en courant, soit une dizaine de personnes minimum. “En tant qu’homme, je connais les risques mais je ne voulais pas partir”, confie Ali, “je me dois de rester là pour protéger les autres”.
“Même si toute l’armée de France vient ici, ça ne suffira pas, s’ils ne tirent pas à balles réelles !”, insiste Nadia, exaspérée par cette situation qui dure depuis des années. “Les gendarmes ne leur font pas peur, c’est ça le vrai problème. Je veux bien que la France soit le pays des libertés mais là ce n’est plus possible. Ces jeunes ne parlent pas le même langage que nous. Il faut tirer à balles réelles”, répète-t-elle, à côté de son mari. Un sentiment partagé par de plus en plus de personnes dans le quartier mais aussi sur le territoire. Avec Ali, ils pensent de plus en plus à investir dans un moyen de défense, quitte à ne pas respecter la légalité.
“Beaucoup d’adolescents ou d’adultes profitent des rixes entre les jeunes des deux communes pour s’immiscer dans le quartier et piller. Au début, on voit que des gamins de 10 ans encagoulés et après on voit arriver les autres”, observe Nadia. “Mais au fond je me fiche que ce soit les jeunes de Dembéni ou d’Iloni qui ont commencé les bagarres, nous on essaye juste de vivre ici en paix”.
Pour Marissa, Nadia et Ali comme pour de nombreux habitants, les affrontements des derniers jours sont la goutte d’eau qui fait déborder le vase, en ce début d'année difficile. La plupart d’entre eux venaient tout juste de rouvrir leurs magasins ou bien de retrouver une voiture après le passage du cyclone Chido. Ils ont à nouveau tout perdu.
Voitures brûlées, portes d’entrées détruites, vols et menaces à répétition
Un peu plus bas dans le quartier, qui a des allures de no man’s land avec ses carcasses de voitures brûlées, c’est le calme avant la tempête. Cette nuit des affrontements violents sont une nouvelle fois attendus. Ici et là, les habitants qui n’ont pas quitté le quartier rafistolent à la hâte les verrous sur les portes d’entrées quand celles-ci ne sont pas arrachées ou brûlées par terre.


Fatiha tient sa porte d’entrée éventrée dans ses mains et la jette dehors à côté d’une carcasse de voiture pour s’en débarrasser. Son magasin a été pillé sous ses yeux dans la nuit du dimanche à lundi. “Les jeunes ont détruit la porte et se sont directement servis dans les rayons”, retrace la femme d’un certain âge, avec l’aide de sa fille, qui l’aide à traduire ses mots en français. Pour cette famille qui n’a déjà pas beaucoup de moyens, les pillages s’ajoutent aux difficultés, et Fatiha à du mal à comprendre pourquoi ils s’en prennent à elle. “Les jeunes m’ont volé la carte d’identité, le titre de séjour, tous les papiers”, continue-t-elle en montrant les deux bouteilles de lait qui lui restent dans son étagère vide. A côté d’elle, son amie Naïma, se précipite sous le bureau pour montrer comment elle se met à l’abri à la moindre alerte. “Ils nous menacent sans arrêt avec des machettes”, dit-elle de manière évidente, signe d’une scène quasi quotidienne.
A côté de l'échoppe, depuis sa case en tôle, Omar, la quarantaine, observe le lagon qui se dessine au loin, tandis que ses jeunes enfants jouent derrière lui. Il a étalé sur le sol quelques oignons rouges et des melons jaunes, qu’il espère vendre aux habitants du quartier encore présents. Lui n’a pas d’autres choix que de rester vivre ici, dans la crainte quotidienne, et s’il espère une accalmie dans les prochains jours, il sait que cela ne dure jamais très longtemps. A la tombée de la nuit, il ne peut pas rester avec ses enfants dans sa maison, trop fragile, trop pénétrable. “Lorsque je vois les jeunes arrivés, je prends mes enfants et je cours me réfugier chez la voisine”, dit-il en montrant la maison de Marissa d’un geste du menton. Ce soir il sait déjà qu’il va devoir courir pour sa vie et celle de ses enfants.
Backstage
Lorsque je suis allé à la rencontre des habitants de Dembéni (voir article précédent) afin d’en savoir plus sur les affrontements entre bandes rivales, la plupart m’ont indiqué du doigt la “frontière” avec Iloni, située sur les hauteurs des deux communes. Un endroit dangereux où il ne faut pas se rendre selon eux.
Avec leurs avertissements j’ai hésité à me rendre dans cet endroit. Mais je me suis dit qu’il était indispensable d’y aller pour voir à quoi ce quartier ressemble mais aussi pour rencontrer ses habitants. Une fois arrivée sur les hauteurs, proche du site de l’Université de Mayotte, l’ambiance était calme. Un silence presque suspect, comme si des personnes cachées avaient leurs yeux braqués sur moi. Mais pas de place pour céder à la panique ou la peur, je me dis que des gens vivent ici tous les jours et ils n’ont pas le choix. Par respect pour eux et pour mon travail, je me dois d’aller leur parler.
Toujours à scooter j’arrive aux abords des voitures calcinées, je n’avais jamais vu ça en pleine ville. Un véritable no man’s land. Très vite des habitants m’ont aperçu, j’ai enlevé mon casque et à peine ai-je dit que j’étais journaliste, qu’ils ont directement voulu témoigner. C’est la première fois qu’ils voyaient quelqu’un s’intéresser à eux, m’ont-ils dit. Dans leurs yeux je voyais beaucoup de désespoir. Des adultes de plus de 35 ans, dans une telle détresse, cela crée un sentiment particulier. Je comprends qu’ils n'ont pas de réelles solutions, mis à part fuir le quartier.
En quittant la zone frontière, je retrouve la route nationale, sur laquelle la vie semble normale. En quelques mètres le contraste est saisissant.



