Après Chido, un retour à la vulnérabilité pour les personnes relogées suite aux démolitions des bidonvilles
Le 16 octobre 2024, le jour de l’inauguration des modulaires de Massimoni sur les hauteurs de Majicavo Koropa, construits pour accueillir temporairement des familles délogées par la démolition du bidonville de Mavadzani, le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, avait déclaré, “c’est une solution temporaire mais au moins les logements sont viabilisés, propres, pour accueillir dignement des personnes vulnérables”. Ce lundi 10 mars, ces mots sonnent creux pour une partie des familles qui y vivent. La majorité des modulaires ont résisté à la violence du cyclone Chido, mais le site qui comprend 21 logements a quand même été endommagé, en résulte une augmentation de l’insécurité mais aussi de l’insalubrité.
“Depuis Chido il y a le portail cassé, il y a des voyous qui rentrent avec des chiens, et il n’y a plus de portes sur les toilettes ni les douches, il n’y a plus du tout de sécurité”, déplore Natasha qui habite un T1 au rez-de-chaussée, qu’elle partage avec ses trois enfants, et son mari. “Chez moi avant j’avais ma propre sécurité, mes enfants avaient leurs propres chambres, j’étais bien je pouvais contrôler les choses”, dit-elle en regrettant sa vie dans son ancienne maison, même si celle-ci était en tôle. Les modulaires ont été construits aux abords de l’ancien quartier, pour ne pas déplacer trop loin les familles, mais le site attire les délinquants qui veulent tirer profit de ces nouvelles installations, en volant les habitants ou en allant dans les sanitaires. Une problématique que le cyclone Chido a accentué.
Délogées contre leur gré, certaines familles peinent à accepter et à s’habituer à leur nouveau logement. Le cyclone est venu interrompre ce processus d’adaptation et, trois mois plus tard, la dégradation de la situation empêche toujours toute appropriation des lieux. Ce blocage, accompagné d’un profond sentiment d’abandon, renforce encore la nostalgie de la vie d’avant.
“Je préfère mille fois rester ici que dans les bidonvilles”, nuance toutefois Nasser, la vingtaine, qui vit lui aussi dans l’un des modulaires. Par la fenêtre de son appartement, il aperçoit la colline où il habitait autrefois, mise à nu par l’opération de décasage, puis par le cyclone. “Quand on a vu les vents de Chido, on s’est dit : heureusement qu’on n’est plus dans les cases ! Aujourd’hui les habitants qui y vivent encore me disent : vous avez de la chance”. Reconnaissant d’avoir traversé le cyclone plus ou moins à l’abri, Nasser constate néanmoins que l’insécurité a augmenté depuis que le portail du quartier a été arraché. “Il faudrait plus de suivi”, ajoute-t-il, en évoquant les services de la Ville de Koungou, propriétaire du site.
Des tâches blanches sur les lèvres
Dans la cour, au milieu du site sur lequel jouent les enfants, de l’eau stagnante forme une petite mare, remplie de déchets. “Ce sont les eaux usées, les enfants jouent autour et ça leur donne des maladies”, estime Natasha en montrant la photo de son fils, les lèvres marquées par plusieurs tâches blanches. Ce matin, son mari l’a ramené à l’hôpital, et la famille attend d’en savoir plus. Un modulaire plus loin, un enfant est lui aussi abîmé au niveau de la lèvre. Interpellés à travers la grille, des membres de la Croix-Rouge sont venus faire une halte pour l’examiner sous le regard des habitants. Le second fils de Natasha s’est également blessé à la tête à cause d’un fer à béton en jouant à l’extérieur.
“Vous avez vu des associations, des personnes venir nous voir après Chido ?”, demande Natasha aux autres résidents, ces derniers désapprouvent les uns après les autres.
Le site et les modulaires appartiennent à la Ville de Koungou mais l’intérieur est à la charge de l’association Coallia qui loue les structures. Les habitants ne savent pas vraiment à qui s’adresser pour faire remonter leurs problèmes et leurs situations n’évoluent pas depuis plusieurs semaines.
Pas de visibilité sur la réparation des logements
La situation est plus ou moins identique à Majicavo Koropa, aux abords de la route nationale 1, dans les algécos gérés par l’association Mlezi Maore, eux aussi endommagés par le cyclone Chido. Seule différence, les résidents, principalement évacués du bidonville Talus 2, y habitent depuis 2023 et se sont déjà appropriés les lieux. “C’est la petite chanson habituelle, pour régler les problèmes Mlezi Maore me dit qu’il faut voir avec la mairie, la mairie me dit qu’il faut voir avec Mlezi Maore”, chantonne une résidente, assise au milieu d’un logement ravagé, appartenant à sa voisine.
Les vitres, les murs, les portes, les meubles… tout a été soufflé, emporté comme du carton. La pièce vide sert aux familles de lieux de rassemblement en attendant sa reconstruction. La propriétaire, absente ce lundi, est contrainte de vivre dans les petits bureaux exiguës du site avec ses enfants. « On a tout perdu et on ne sait pas si ça va être réparé. On n'a nulle part où aller donc on reste ici », raconte Anchoura, sa fille. Lycéenne au lycée des Lumières de Kawéni, elle a installé son ordinateur sur un bureau à côté du matelas où dorment ses petits frères. “J’ai perdu mes cours, mais bon j’arrive quand même à réviser”, explique-t-elle, gênée de montrer dans quelles conditions elle vit.
A ses côtés, son ami Yassine, lui aussi scolarisé au lycée des Lumières, à eu plus de chances. Son logement n’a pas été touché par Chido, mais il a vu le vent détruire l’appartement de son amie, collé au sien, et garde des séquelles. « J’ai eu peur parce que tout a tremblé et d’un coup tout s’est envolé”, se rappelle le jeune homme.
« Rien n’a résisté »
Les deux lycéens se remémorent leur enfance passée dans le bidonville du Talus 2. « C’était mieux là-bas, la maison était grande, on avait prévu de faire encore une extension. C’était une villa », souligne Yassine en montrant une photo de son père debout dans la maison, rangée dans un classeur rouge qu’il garde précieusement. « On avait tout, une machine à laver, un congélateur, c’était bien », complète Anchoura. Dans le quartier, tout le monde n’avait pas la chance de loger dans de telles conditions, mais ils se sentaient chez eux.
“Mais heureusement qu’on était pas là-bas pendant Chido, car rien n’a résisté”, tempère d’ailleurs le jeune homme. “C’est sûr ça aurait été pire, si on avait pas quitté notre bidonville il y aurait eu des morts comme à Kawéni”, ajoute Anchoura.
Si leurs nouveaux logements leur ont peut-être sauvé la vie, l’heure est à la reconstruction et celle-ci peine à arriver et c’est bien ici, dans leur maison en dur, un lieu construit pour les sortir de “l’indignité des bidonvilles”, que les deux amis se retrouvent sans portes, sans cloisons ni fenêtres. Au loin, à travers le trou dans le mur laissé par Chido, on peut apercevoir les maisons en tôles déjà reconstruites depuis plusieurs semaines.
Le 16 octobre 2024, le jour de l’inauguration des modulaires de Massimoni sur les hauteurs de Majicavo Koropa, construits pour accueillir temporairement des familles délogées par la démolition du bidonville de Mavadzani, le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, avait déclaré, “c’est une solution temporaire mais au moins les logements sont viabilisés, propres, pour accueillir dignement des personnes vulnérables”. Ce lundi 10 mars, ces mots sonnent creux pour une partie des familles qui y vivent. La majorité des modulaires ont résisté à la violence du cyclone Chido, mais le site qui comprend 21 logements a quand même été endommagé, en résulte une augmentation de l’insécurité mais aussi de l’insalubrité.
“Depuis Chido il y a le portail cassé, il y a des voyous qui rentrent avec des chiens, et il n’y a plus de portes sur les toilettes ni les douches, il n’y a plus du tout de sécurité”, déplore Natasha qui habite un T1 au rez-de-chaussée, qu’elle partage avec ses trois enfants, et son mari. “Chez moi avant j’avais ma propre sécurité, mes enfants avaient leurs propres chambres, j’étais bien je pouvais contrôler les choses”, dit-elle en regrettant sa vie dans son ancienne maison, même si celle-ci était en tôle. Les modulaires ont été construits aux abords de l’ancien quartier, pour ne pas déplacer trop loin les familles, mais le site attire les délinquants qui veulent tirer profit de ces nouvelles installations, en volant les habitants ou en allant dans les sanitaires. Une problématique que le cyclone Chido a accentué.
Délogées contre leur gré, certaines familles peinent à accepter et à s’habituer à leur nouveau logement. Le cyclone est venu interrompre ce processus d’adaptation et, trois mois plus tard, la dégradation de la situation empêche toujours toute appropriation des lieux. Ce blocage, accompagné d’un profond sentiment d’abandon, renforce encore la nostalgie de la vie d’avant.
“Je préfère mille fois rester ici que dans les bidonvilles”, nuance toutefois Nasser, la vingtaine, qui vit lui aussi dans l’un des modulaires. Par la fenêtre de son appartement, il aperçoit la colline où il habitait autrefois, mise à nu par l’opération de décasage, puis par le cyclone. “Quand on a vu les vents de Chido, on s’est dit : heureusement qu’on n’est plus dans les cases ! Aujourd’hui les habitants qui y vivent encore me disent : vous avez de la chance”. Reconnaissant d’avoir traversé le cyclone plus ou moins à l’abri, Nasser constate néanmoins que l’insécurité a augmenté depuis que le portail du quartier a été arraché. “Il faudrait plus de suivi”, ajoute-t-il, en évoquant les services de la Ville de Koungou, propriétaire du site.
Des tâches blanches sur les lèvres
Dans la cour, au milieu du site sur lequel jouent les enfants, de l’eau stagnante forme une petite mare, remplie de déchets. “Ce sont les eaux usées, les enfants jouent autour et ça leur donne des maladies”, estime Natasha en montrant la photo de son fils, les lèvres marquées par plusieurs tâches blanches. Ce matin, son mari l’a ramené à l’hôpital, et la famille attend d’en savoir plus. Un modulaire plus loin, un enfant est lui aussi abîmé au niveau de la lèvre. Interpellés à travers la grille, des membres de la Croix-Rouge sont venus faire une halte pour l’examiner sous le regard des habitants. Le second fils de Natasha s’est également blessé à la tête à cause d’un fer à béton en jouant à l’extérieur.
“Vous avez vu des associations, des personnes venir nous voir après Chido ?”, demande Natasha aux autres résidents, ces derniers désapprouvent les uns après les autres.
Le site et les modulaires appartiennent à la Ville de Koungou mais l’intérieur est à la charge de l’association Coallia qui loue les structures. Les habitants ne savent pas vraiment à qui s’adresser pour faire remonter leurs problèmes et leurs situations n’évoluent pas depuis plusieurs semaines.
Pas de visibilité sur la réparation des logements
La situation est plus ou moins identique à Majicavo Koropa, aux abords de la route nationale 1, dans les algécos gérés par l’association Mlezi Maore, eux aussi endommagés par le cyclone Chido. Seule différence, les résidents, principalement évacués du bidonville Talus 2, y habitent depuis 2023 et se sont déjà appropriés les lieux. “C’est la petite chanson habituelle, pour régler les problèmes Mlezi Maore me dit qu’il faut voir avec la mairie, la mairie me dit qu’il faut voir avec Mlezi Maore”, chantonne une résidente, assise au milieu d’un logement ravagé, appartenant à sa voisine.
Les vitres, les murs, les portes, les meubles… tout a été soufflé, emporté comme du carton. La pièce vide sert aux familles de lieux de rassemblement en attendant sa reconstruction. La propriétaire, absente ce lundi, est contrainte de vivre dans les petits bureaux exiguës du site avec ses enfants. « On a tout perdu et on ne sait pas si ça va être réparé. On n'a nulle part où aller donc on reste ici », raconte Anchoura, sa fille. Lycéenne au lycée des Lumières de Kawéni, elle a installé son ordinateur sur un bureau à côté du matelas où dorment ses petits frères. “J’ai perdu mes cours, mais bon j’arrive quand même à réviser”, explique-t-elle, gênée de montrer dans quelles conditions elle vit.
A ses côtés, son ami Yassine, lui aussi scolarisé au lycée des Lumières, à eu plus de chances. Son logement n’a pas été touché par Chido, mais il a vu le vent détruire l’appartement de son amie, collé au sien, et garde des séquelles. « J’ai eu peur parce que tout a tremblé et d’un coup tout s’est envolé”, se rappelle le jeune homme.
« Rien n’a résisté »
Les deux lycéens se remémorent leur enfance passée dans le bidonville du Talus 2. « C’était mieux là-bas, la maison était grande, on avait prévu de faire encore une extension. C’était une villa », souligne Yassine en montrant une photo de son père debout dans la maison, rangée dans un classeur rouge qu’il garde précieusement. « On avait tout, une machine à laver, un congélateur, c’était bien », complète Anchoura. Dans le quartier, tout le monde n’avait pas la chance de loger dans de telles conditions, mais ils se sentaient chez eux.
“Mais heureusement qu’on était pas là-bas pendant Chido, car rien n’a résisté”, tempère d’ailleurs le jeune homme. “C’est sûr ça aurait été pire, si on avait pas quitté notre bidonville il y aurait eu des morts comme à Kawéni”, ajoute Anchoura.
Si leurs nouveaux logements leur ont peut-être sauvé la vie, l’heure est à la reconstruction et celle-ci peine à arriver et c’est bien ici, dans leur maison en dur, un lieu construit pour les sortir de “l’indignité des bidonvilles”, que les deux amis se retrouvent sans portes, sans cloisons ni fenêtres. Au loin, à travers le trou dans le mur laissé par Chido, on peut apercevoir les maisons en tôles déjà reconstruites depuis plusieurs semaines.
Le 16 octobre 2024, le jour de l’inauguration des modulaires de Massimoni sur les hauteurs de Majicavo Koropa, construits pour accueillir temporairement des familles délogées par la démolition du bidonville de Mavadzani, le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, avait déclaré, “c’est une solution temporaire mais au moins les logements sont viabilisés, propres, pour accueillir dignement des personnes vulnérables”. Ce lundi 10 mars, ces mots sonnent creux pour une partie des familles qui y vivent. La majorité des modulaires ont résisté à la violence du cyclone Chido, mais le site qui comprend 21 logements a quand même été endommagé, en résulte une augmentation de l’insécurité mais aussi de l’insalubrité.
“Depuis Chido il y a le portail cassé, il y a des voyous qui rentrent avec des chiens, et il n’y a plus de portes sur les toilettes ni les douches, il n’y a plus du tout de sécurité”, déplore Natasha qui habite un T1 au rez-de-chaussée, qu’elle partage avec ses trois enfants, et son mari. “Chez moi avant j’avais ma propre sécurité, mes enfants avaient leurs propres chambres, j’étais bien je pouvais contrôler les choses”, dit-elle en regrettant sa vie dans son ancienne maison, même si celle-ci était en tôle. Les modulaires ont été construits aux abords de l’ancien quartier, pour ne pas déplacer trop loin les familles, mais le site attire les délinquants qui veulent tirer profit de ces nouvelles installations, en volant les habitants ou en allant dans les sanitaires. Une problématique que le cyclone Chido a accentué.
Délogées contre leur gré, certaines familles peinent à accepter et à s’habituer à leur nouveau logement. Le cyclone est venu interrompre ce processus d’adaptation et, trois mois plus tard, la dégradation de la situation empêche toujours toute appropriation des lieux. Ce blocage, accompagné d’un profond sentiment d’abandon, renforce encore la nostalgie de la vie d’avant.
“Je préfère mille fois rester ici que dans les bidonvilles”, nuance toutefois Nasser, la vingtaine, qui vit lui aussi dans l’un des modulaires. Par la fenêtre de son appartement, il aperçoit la colline où il habitait autrefois, mise à nu par l’opération de décasage, puis par le cyclone. “Quand on a vu les vents de Chido, on s’est dit : heureusement qu’on n’est plus dans les cases ! Aujourd’hui les habitants qui y vivent encore me disent : vous avez de la chance”. Reconnaissant d’avoir traversé le cyclone plus ou moins à l’abri, Nasser constate néanmoins que l’insécurité a augmenté depuis que le portail du quartier a été arraché. “Il faudrait plus de suivi”, ajoute-t-il, en évoquant les services de la Ville de Koungou, propriétaire du site.
Des tâches blanches sur les lèvres
Dans la cour, au milieu du site sur lequel jouent les enfants, de l’eau stagnante forme une petite mare, remplie de déchets. “Ce sont les eaux usées, les enfants jouent autour et ça leur donne des maladies”, estime Natasha en montrant la photo de son fils, les lèvres marquées par plusieurs tâches blanches. Ce matin, son mari l’a ramené à l’hôpital, et la famille attend d’en savoir plus. Un modulaire plus loin, un enfant est lui aussi abîmé au niveau de la lèvre. Interpellés à travers la grille, des membres de la Croix-Rouge sont venus faire une halte pour l’examiner sous le regard des habitants. Le second fils de Natasha s’est également blessé à la tête à cause d’un fer à béton en jouant à l’extérieur.
“Vous avez vu des associations, des personnes venir nous voir après Chido ?”, demande Natasha aux autres résidents, ces derniers désapprouvent les uns après les autres.
Le site et les modulaires appartiennent à la Ville de Koungou mais l’intérieur est à la charge de l’association Coallia qui loue les structures. Les habitants ne savent pas vraiment à qui s’adresser pour faire remonter leurs problèmes et leurs situations n’évoluent pas depuis plusieurs semaines.
Pas de visibilité sur la réparation des logements
La situation est plus ou moins identique à Majicavo Koropa, aux abords de la route nationale 1, dans les algécos gérés par l’association Mlezi Maore, eux aussi endommagés par le cyclone Chido. Seule différence, les résidents, principalement évacués du bidonville Talus 2, y habitent depuis 2023 et se sont déjà appropriés les lieux. “C’est la petite chanson habituelle, pour régler les problèmes Mlezi Maore me dit qu’il faut voir avec la mairie, la mairie me dit qu’il faut voir avec Mlezi Maore”, chantonne une résidente, assise au milieu d’un logement ravagé, appartenant à sa voisine.
Les vitres, les murs, les portes, les meubles… tout a été soufflé, emporté comme du carton. La pièce vide sert aux familles de lieux de rassemblement en attendant sa reconstruction. La propriétaire, absente ce lundi, est contrainte de vivre dans les petits bureaux exiguës du site avec ses enfants. « On a tout perdu et on ne sait pas si ça va être réparé. On n'a nulle part où aller donc on reste ici », raconte Anchoura, sa fille. Lycéenne au lycée des Lumières de Kawéni, elle a installé son ordinateur sur un bureau à côté du matelas où dorment ses petits frères. “J’ai perdu mes cours, mais bon j’arrive quand même à réviser”, explique-t-elle, gênée de montrer dans quelles conditions elle vit.
A ses côtés, son ami Yassine, lui aussi scolarisé au lycée des Lumières, à eu plus de chances. Son logement n’a pas été touché par Chido, mais il a vu le vent détruire l’appartement de son amie, collé au sien, et garde des séquelles. « J’ai eu peur parce que tout a tremblé et d’un coup tout s’est envolé”, se rappelle le jeune homme.
« Rien n’a résisté »
Les deux lycéens se remémorent leur enfance passée dans le bidonville du Talus 2. « C’était mieux là-bas, la maison était grande, on avait prévu de faire encore une extension. C’était une villa », souligne Yassine en montrant une photo de son père debout dans la maison, rangée dans un classeur rouge qu’il garde précieusement. « On avait tout, une machine à laver, un congélateur, c’était bien », complète Anchoura. Dans le quartier, tout le monde n’avait pas la chance de loger dans de telles conditions, mais ils se sentaient chez eux.
“Mais heureusement qu’on était pas là-bas pendant Chido, car rien n’a résisté”, tempère d’ailleurs le jeune homme. “C’est sûr ça aurait été pire, si on avait pas quitté notre bidonville il y aurait eu des morts comme à Kawéni”, ajoute Anchoura.
Si leurs nouveaux logements leur ont peut-être sauvé la vie, l’heure est à la reconstruction et celle-ci peine à arriver et c’est bien ici, dans leur maison en dur, un lieu construit pour les sortir de “l’indignité des bidonvilles”, que les deux amis se retrouvent sans portes, sans cloisons ni fenêtres. Au loin, à travers le trou dans le mur laissé par Chido, on peut apercevoir les maisons en tôles déjà reconstruites depuis plusieurs semaines.
Le 16 octobre 2024, le jour de l’inauguration des modulaires de Massimoni sur les hauteurs de Majicavo Koropa, construits pour accueillir temporairement des familles délogées par la démolition du bidonville de Mavadzani, le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, avait déclaré, “c’est une solution temporaire mais au moins les logements sont viabilisés, propres, pour accueillir dignement des personnes vulnérables”. Ce lundi 10 mars, ces mots sonnent creux pour une partie des familles qui y vivent. La majorité des modulaires ont résisté à la violence du cyclone Chido, mais le site qui comprend 21 logements a quand même été endommagé, en résulte une augmentation de l’insécurité mais aussi de l’insalubrité.
“Depuis Chido il y a le portail cassé, il y a des voyous qui rentrent avec des chiens, et il n’y a plus de portes sur les toilettes ni les douches, il n’y a plus du tout de sécurité”, déplore Natasha qui habite un T1 au rez-de-chaussée, qu’elle partage avec ses trois enfants, et son mari. “Chez moi avant j’avais ma propre sécurité, mes enfants avaient leurs propres chambres, j’étais bien je pouvais contrôler les choses”, dit-elle en regrettant sa vie dans son ancienne maison, même si celle-ci était en tôle. Les modulaires ont été construits aux abords de l’ancien quartier, pour ne pas déplacer trop loin les familles, mais le site attire les délinquants qui veulent tirer profit de ces nouvelles installations, en volant les habitants ou en allant dans les sanitaires. Une problématique que le cyclone Chido a accentué.
Délogées contre leur gré, certaines familles peinent à accepter et à s’habituer à leur nouveau logement. Le cyclone est venu interrompre ce processus d’adaptation et, trois mois plus tard, la dégradation de la situation empêche toujours toute appropriation des lieux. Ce blocage, accompagné d’un profond sentiment d’abandon, renforce encore la nostalgie de la vie d’avant.
“Je préfère mille fois rester ici que dans les bidonvilles”, nuance toutefois Nasser, la vingtaine, qui vit lui aussi dans l’un des modulaires. Par la fenêtre de son appartement, il aperçoit la colline où il habitait autrefois, mise à nu par l’opération de décasage, puis par le cyclone. “Quand on a vu les vents de Chido, on s’est dit : heureusement qu’on n’est plus dans les cases ! Aujourd’hui les habitants qui y vivent encore me disent : vous avez de la chance”. Reconnaissant d’avoir traversé le cyclone plus ou moins à l’abri, Nasser constate néanmoins que l’insécurité a augmenté depuis que le portail du quartier a été arraché. “Il faudrait plus de suivi”, ajoute-t-il, en évoquant les services de la Ville de Koungou, propriétaire du site.
Des tâches blanches sur les lèvres
Dans la cour, au milieu du site sur lequel jouent les enfants, de l’eau stagnante forme une petite mare, remplie de déchets. “Ce sont les eaux usées, les enfants jouent autour et ça leur donne des maladies”, estime Natasha en montrant la photo de son fils, les lèvres marquées par plusieurs tâches blanches. Ce matin, son mari l’a ramené à l’hôpital, et la famille attend d’en savoir plus. Un modulaire plus loin, un enfant est lui aussi abîmé au niveau de la lèvre. Interpellés à travers la grille, des membres de la Croix-Rouge sont venus faire une halte pour l’examiner sous le regard des habitants. Le second fils de Natasha s’est également blessé à la tête à cause d’un fer à béton en jouant à l’extérieur.
“Vous avez vu des associations, des personnes venir nous voir après Chido ?”, demande Natasha aux autres résidents, ces derniers désapprouvent les uns après les autres.
Le site et les modulaires appartiennent à la Ville de Koungou mais l’intérieur est à la charge de l’association Coallia qui loue les structures. Les habitants ne savent pas vraiment à qui s’adresser pour faire remonter leurs problèmes et leurs situations n’évoluent pas depuis plusieurs semaines.
Pas de visibilité sur la réparation des logements
La situation est plus ou moins identique à Majicavo Koropa, aux abords de la route nationale 1, dans les algécos gérés par l’association Mlezi Maore, eux aussi endommagés par le cyclone Chido. Seule différence, les résidents, principalement évacués du bidonville Talus 2, y habitent depuis 2023 et se sont déjà appropriés les lieux. “C’est la petite chanson habituelle, pour régler les problèmes Mlezi Maore me dit qu’il faut voir avec la mairie, la mairie me dit qu’il faut voir avec Mlezi Maore”, chantonne une résidente, assise au milieu d’un logement ravagé, appartenant à sa voisine.
Les vitres, les murs, les portes, les meubles… tout a été soufflé, emporté comme du carton. La pièce vide sert aux familles de lieux de rassemblement en attendant sa reconstruction. La propriétaire, absente ce lundi, est contrainte de vivre dans les petits bureaux exiguës du site avec ses enfants. « On a tout perdu et on ne sait pas si ça va être réparé. On n'a nulle part où aller donc on reste ici », raconte Anchoura, sa fille. Lycéenne au lycée des Lumières de Kawéni, elle a installé son ordinateur sur un bureau à côté du matelas où dorment ses petits frères. “J’ai perdu mes cours, mais bon j’arrive quand même à réviser”, explique-t-elle, gênée de montrer dans quelles conditions elle vit.
A ses côtés, son ami Yassine, lui aussi scolarisé au lycée des Lumières, à eu plus de chances. Son logement n’a pas été touché par Chido, mais il a vu le vent détruire l’appartement de son amie, collé au sien, et garde des séquelles. « J’ai eu peur parce que tout a tremblé et d’un coup tout s’est envolé”, se rappelle le jeune homme.
« Rien n’a résisté »
Les deux lycéens se remémorent leur enfance passée dans le bidonville du Talus 2. « C’était mieux là-bas, la maison était grande, on avait prévu de faire encore une extension. C’était une villa », souligne Yassine en montrant une photo de son père debout dans la maison, rangée dans un classeur rouge qu’il garde précieusement. « On avait tout, une machine à laver, un congélateur, c’était bien », complète Anchoura. Dans le quartier, tout le monde n’avait pas la chance de loger dans de telles conditions, mais ils se sentaient chez eux.
“Mais heureusement qu’on était pas là-bas pendant Chido, car rien n’a résisté”, tempère d’ailleurs le jeune homme. “C’est sûr ça aurait été pire, si on avait pas quitté notre bidonville il y aurait eu des morts comme à Kawéni”, ajoute Anchoura.
Si leurs nouveaux logements leur ont peut-être sauvé la vie, l’heure est à la reconstruction et celle-ci peine à arriver et c’est bien ici, dans leur maison en dur, un lieu construit pour les sortir de “l’indignité des bidonvilles”, que les deux amis se retrouvent sans portes, sans cloisons ni fenêtres. Au loin, à travers le trou dans le mur laissé par Chido, on peut apercevoir les maisons en tôles déjà reconstruites depuis plusieurs semaines.
Le 16 octobre 2024, le jour de l’inauguration des modulaires de Massimoni sur les hauteurs de Majicavo Koropa, construits pour accueillir temporairement des familles délogées par la démolition du bidonville de Mavadzani, le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, avait déclaré, “c’est une solution temporaire mais au moins les logements sont viabilisés, propres, pour accueillir dignement des personnes vulnérables”. Ce lundi 10 mars, ces mots sonnent creux pour une partie des familles qui y vivent. La majorité des modulaires ont résisté à la violence du cyclone Chido, mais le site qui comprend 21 logements a quand même été endommagé, en résulte une augmentation de l’insécurité mais aussi de l’insalubrité.
“Depuis Chido il y a le portail cassé, il y a des voyous qui rentrent avec des chiens, et il n’y a plus de portes sur les toilettes ni les douches, il n’y a plus du tout de sécurité”, déplore Natasha qui habite un T1 au rez-de-chaussée, qu’elle partage avec ses trois enfants, et son mari. “Chez moi avant j’avais ma propre sécurité, mes enfants avaient leurs propres chambres, j’étais bien je pouvais contrôler les choses”, dit-elle en regrettant sa vie dans son ancienne maison, même si celle-ci était en tôle. Les modulaires ont été construits aux abords de l’ancien quartier, pour ne pas déplacer trop loin les familles, mais le site attire les délinquants qui veulent tirer profit de ces nouvelles installations, en volant les habitants ou en allant dans les sanitaires. Une problématique que le cyclone Chido a accentué.
Délogées contre leur gré, certaines familles peinent à accepter et à s’habituer à leur nouveau logement. Le cyclone est venu interrompre ce processus d’adaptation et, trois mois plus tard, la dégradation de la situation empêche toujours toute appropriation des lieux. Ce blocage, accompagné d’un profond sentiment d’abandon, renforce encore la nostalgie de la vie d’avant.
“Je préfère mille fois rester ici que dans les bidonvilles”, nuance toutefois Nasser, la vingtaine, qui vit lui aussi dans l’un des modulaires. Par la fenêtre de son appartement, il aperçoit la colline où il habitait autrefois, mise à nu par l’opération de décasage, puis par le cyclone. “Quand on a vu les vents de Chido, on s’est dit : heureusement qu’on n’est plus dans les cases ! Aujourd’hui les habitants qui y vivent encore me disent : vous avez de la chance”. Reconnaissant d’avoir traversé le cyclone plus ou moins à l’abri, Nasser constate néanmoins que l’insécurité a augmenté depuis que le portail du quartier a été arraché. “Il faudrait plus de suivi”, ajoute-t-il, en évoquant les services de la Ville de Koungou, propriétaire du site.
Des tâches blanches sur les lèvres
Dans la cour, au milieu du site sur lequel jouent les enfants, de l’eau stagnante forme une petite mare, remplie de déchets. “Ce sont les eaux usées, les enfants jouent autour et ça leur donne des maladies”, estime Natasha en montrant la photo de son fils, les lèvres marquées par plusieurs tâches blanches. Ce matin, son mari l’a ramené à l’hôpital, et la famille attend d’en savoir plus. Un modulaire plus loin, un enfant est lui aussi abîmé au niveau de la lèvre. Interpellés à travers la grille, des membres de la Croix-Rouge sont venus faire une halte pour l’examiner sous le regard des habitants. Le second fils de Natasha s’est également blessé à la tête à cause d’un fer à béton en jouant à l’extérieur.
“Vous avez vu des associations, des personnes venir nous voir après Chido ?”, demande Natasha aux autres résidents, ces derniers désapprouvent les uns après les autres.
Le site et les modulaires appartiennent à la Ville de Koungou mais l’intérieur est à la charge de l’association Coallia qui loue les structures. Les habitants ne savent pas vraiment à qui s’adresser pour faire remonter leurs problèmes et leurs situations n’évoluent pas depuis plusieurs semaines.
Pas de visibilité sur la réparation des logements
La situation est plus ou moins identique à Majicavo Koropa, aux abords de la route nationale 1, dans les algécos gérés par l’association Mlezi Maore, eux aussi endommagés par le cyclone Chido. Seule différence, les résidents, principalement évacués du bidonville Talus 2, y habitent depuis 2023 et se sont déjà appropriés les lieux. “C’est la petite chanson habituelle, pour régler les problèmes Mlezi Maore me dit qu’il faut voir avec la mairie, la mairie me dit qu’il faut voir avec Mlezi Maore”, chantonne une résidente, assise au milieu d’un logement ravagé, appartenant à sa voisine.
Les vitres, les murs, les portes, les meubles… tout a été soufflé, emporté comme du carton. La pièce vide sert aux familles de lieux de rassemblement en attendant sa reconstruction. La propriétaire, absente ce lundi, est contrainte de vivre dans les petits bureaux exiguës du site avec ses enfants. « On a tout perdu et on ne sait pas si ça va être réparé. On n'a nulle part où aller donc on reste ici », raconte Anchoura, sa fille. Lycéenne au lycée des Lumières de Kawéni, elle a installé son ordinateur sur un bureau à côté du matelas où dorment ses petits frères. “J’ai perdu mes cours, mais bon j’arrive quand même à réviser”, explique-t-elle, gênée de montrer dans quelles conditions elle vit.
A ses côtés, son ami Yassine, lui aussi scolarisé au lycée des Lumières, à eu plus de chances. Son logement n’a pas été touché par Chido, mais il a vu le vent détruire l’appartement de son amie, collé au sien, et garde des séquelles. « J’ai eu peur parce que tout a tremblé et d’un coup tout s’est envolé”, se rappelle le jeune homme.
« Rien n’a résisté »
Les deux lycéens se remémorent leur enfance passée dans le bidonville du Talus 2. « C’était mieux là-bas, la maison était grande, on avait prévu de faire encore une extension. C’était une villa », souligne Yassine en montrant une photo de son père debout dans la maison, rangée dans un classeur rouge qu’il garde précieusement. « On avait tout, une machine à laver, un congélateur, c’était bien », complète Anchoura. Dans le quartier, tout le monde n’avait pas la chance de loger dans de telles conditions, mais ils se sentaient chez eux.
“Mais heureusement qu’on était pas là-bas pendant Chido, car rien n’a résisté”, tempère d’ailleurs le jeune homme. “C’est sûr ça aurait été pire, si on avait pas quitté notre bidonville il y aurait eu des morts comme à Kawéni”, ajoute Anchoura.
Si leurs nouveaux logements leur ont peut-être sauvé la vie, l’heure est à la reconstruction et celle-ci peine à arriver et c’est bien ici, dans leur maison en dur, un lieu construit pour les sortir de “l’indignité des bidonvilles”, que les deux amis se retrouvent sans portes, sans cloisons ni fenêtres. Au loin, à travers le trou dans le mur laissé par Chido, on peut apercevoir les maisons en tôles déjà reconstruites depuis plusieurs semaines.
Le 16 octobre 2024, le jour de l’inauguration des modulaires de Massimoni sur les hauteurs de Majicavo Koropa, construits pour accueillir temporairement des familles délogées par la démolition du bidonville de Mavadzani, le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, avait déclaré, “c’est une solution temporaire mais au moins les logements sont viabilisés, propres, pour accueillir dignement des personnes vulnérables”. Ce lundi 10 mars, ces mots sonnent creux pour une partie des familles qui y vivent. La majorité des modulaires ont résisté à la violence du cyclone Chido, mais le site qui comprend 21 logements a quand même été endommagé, en résulte une augmentation de l’insécurité mais aussi de l’insalubrité.
“Depuis Chido il y a le portail cassé, il y a des voyous qui rentrent avec des chiens, et il n’y a plus de portes sur les toilettes ni les douches, il n’y a plus du tout de sécurité”, déplore Natasha qui habite un T1 au rez-de-chaussée, qu’elle partage avec ses trois enfants, et son mari. “Chez moi avant j’avais ma propre sécurité, mes enfants avaient leurs propres chambres, j’étais bien je pouvais contrôler les choses”, dit-elle en regrettant sa vie dans son ancienne maison, même si celle-ci était en tôle. Les modulaires ont été construits aux abords de l’ancien quartier, pour ne pas déplacer trop loin les familles, mais le site attire les délinquants qui veulent tirer profit de ces nouvelles installations, en volant les habitants ou en allant dans les sanitaires. Une problématique que le cyclone Chido a accentué.
Délogées contre leur gré, certaines familles peinent à accepter et à s’habituer à leur nouveau logement. Le cyclone est venu interrompre ce processus d’adaptation et, trois mois plus tard, la dégradation de la situation empêche toujours toute appropriation des lieux. Ce blocage, accompagné d’un profond sentiment d’abandon, renforce encore la nostalgie de la vie d’avant.
“Je préfère mille fois rester ici que dans les bidonvilles”, nuance toutefois Nasser, la vingtaine, qui vit lui aussi dans l’un des modulaires. Par la fenêtre de son appartement, il aperçoit la colline où il habitait autrefois, mise à nu par l’opération de décasage, puis par le cyclone. “Quand on a vu les vents de Chido, on s’est dit : heureusement qu’on n’est plus dans les cases ! Aujourd’hui les habitants qui y vivent encore me disent : vous avez de la chance”. Reconnaissant d’avoir traversé le cyclone plus ou moins à l’abri, Nasser constate néanmoins que l’insécurité a augmenté depuis que le portail du quartier a été arraché. “Il faudrait plus de suivi”, ajoute-t-il, en évoquant les services de la Ville de Koungou, propriétaire du site.
Des tâches blanches sur les lèvres
Dans la cour, au milieu du site sur lequel jouent les enfants, de l’eau stagnante forme une petite mare, remplie de déchets. “Ce sont les eaux usées, les enfants jouent autour et ça leur donne des maladies”, estime Natasha en montrant la photo de son fils, les lèvres marquées par plusieurs tâches blanches. Ce matin, son mari l’a ramené à l’hôpital, et la famille attend d’en savoir plus. Un modulaire plus loin, un enfant est lui aussi abîmé au niveau de la lèvre. Interpellés à travers la grille, des membres de la Croix-Rouge sont venus faire une halte pour l’examiner sous le regard des habitants. Le second fils de Natasha s’est également blessé à la tête à cause d’un fer à béton en jouant à l’extérieur.
“Vous avez vu des associations, des personnes venir nous voir après Chido ?”, demande Natasha aux autres résidents, ces derniers désapprouvent les uns après les autres.
Le site et les modulaires appartiennent à la Ville de Koungou mais l’intérieur est à la charge de l’association Coallia qui loue les structures. Les habitants ne savent pas vraiment à qui s’adresser pour faire remonter leurs problèmes et leurs situations n’évoluent pas depuis plusieurs semaines.
Pas de visibilité sur la réparation des logements
La situation est plus ou moins identique à Majicavo Koropa, aux abords de la route nationale 1, dans les algécos gérés par l’association Mlezi Maore, eux aussi endommagés par le cyclone Chido. Seule différence, les résidents, principalement évacués du bidonville Talus 2, y habitent depuis 2023 et se sont déjà appropriés les lieux. “C’est la petite chanson habituelle, pour régler les problèmes Mlezi Maore me dit qu’il faut voir avec la mairie, la mairie me dit qu’il faut voir avec Mlezi Maore”, chantonne une résidente, assise au milieu d’un logement ravagé, appartenant à sa voisine.
Les vitres, les murs, les portes, les meubles… tout a été soufflé, emporté comme du carton. La pièce vide sert aux familles de lieux de rassemblement en attendant sa reconstruction. La propriétaire, absente ce lundi, est contrainte de vivre dans les petits bureaux exiguës du site avec ses enfants. « On a tout perdu et on ne sait pas si ça va être réparé. On n'a nulle part où aller donc on reste ici », raconte Anchoura, sa fille. Lycéenne au lycée des Lumières de Kawéni, elle a installé son ordinateur sur un bureau à côté du matelas où dorment ses petits frères. “J’ai perdu mes cours, mais bon j’arrive quand même à réviser”, explique-t-elle, gênée de montrer dans quelles conditions elle vit.
A ses côtés, son ami Yassine, lui aussi scolarisé au lycée des Lumières, à eu plus de chances. Son logement n’a pas été touché par Chido, mais il a vu le vent détruire l’appartement de son amie, collé au sien, et garde des séquelles. « J’ai eu peur parce que tout a tremblé et d’un coup tout s’est envolé”, se rappelle le jeune homme.
« Rien n’a résisté »
Les deux lycéens se remémorent leur enfance passée dans le bidonville du Talus 2. « C’était mieux là-bas, la maison était grande, on avait prévu de faire encore une extension. C’était une villa », souligne Yassine en montrant une photo de son père debout dans la maison, rangée dans un classeur rouge qu’il garde précieusement. « On avait tout, une machine à laver, un congélateur, c’était bien », complète Anchoura. Dans le quartier, tout le monde n’avait pas la chance de loger dans de telles conditions, mais ils se sentaient chez eux.
“Mais heureusement qu’on était pas là-bas pendant Chido, car rien n’a résisté”, tempère d’ailleurs le jeune homme. “C’est sûr ça aurait été pire, si on avait pas quitté notre bidonville il y aurait eu des morts comme à Kawéni”, ajoute Anchoura.
Si leurs nouveaux logements leur ont peut-être sauvé la vie, l’heure est à la reconstruction et celle-ci peine à arriver et c’est bien ici, dans leur maison en dur, un lieu construit pour les sortir de “l’indignité des bidonvilles”, que les deux amis se retrouvent sans portes, sans cloisons ni fenêtres. Au loin, à travers le trou dans le mur laissé par Chido, on peut apercevoir les maisons en tôles déjà reconstruites depuis plusieurs semaines.
Le 16 octobre 2024, le jour de l’inauguration des modulaires de Massimoni sur les hauteurs de Majicavo Koropa, construits pour accueillir temporairement des familles délogées par la démolition du bidonville de Mavadzani, le préfet de Mayotte, François-Xavier Bieuville, avait déclaré, “c’est une solution temporaire mais au moins les logements sont viabilisés, propres, pour accueillir dignement des personnes vulnérables”. Ce lundi 10 mars, ces mots sonnent creux pour une partie des familles qui y vivent. La majorité des modulaires ont résisté à la violence du cyclone Chido, mais le site qui comprend 21 logements a quand même été endommagé, en résulte une augmentation de l’insécurité mais aussi de l’insalubrité.
“Depuis Chido il y a le portail cassé, il y a des voyous qui rentrent avec des chiens, et il n’y a plus de portes sur les toilettes ni les douches, il n’y a plus du tout de sécurité”, déplore Natasha qui habite un T1 au rez-de-chaussée, qu’elle partage avec ses trois enfants, et son mari. “Chez moi avant j’avais ma propre sécurité, mes enfants avaient leurs propres chambres, j’étais bien je pouvais contrôler les choses”, dit-elle en regrettant sa vie dans son ancienne maison, même si celle-ci était en tôle. Les modulaires ont été construits aux abords de l’ancien quartier, pour ne pas déplacer trop loin les familles, mais le site attire les délinquants qui veulent tirer profit de ces nouvelles installations, en volant les habitants ou en allant dans les sanitaires. Une problématique que le cyclone Chido a accentué.
Délogées contre leur gré, certaines familles peinent à accepter et à s’habituer à leur nouveau logement. Le cyclone est venu interrompre ce processus d’adaptation et, trois mois plus tard, la dégradation de la situation empêche toujours toute appropriation des lieux. Ce blocage, accompagné d’un profond sentiment d’abandon, renforce encore la nostalgie de la vie d’avant.
“Je préfère mille fois rester ici que dans les bidonvilles”, nuance toutefois Nasser, la vingtaine, qui vit lui aussi dans l’un des modulaires. Par la fenêtre de son appartement, il aperçoit la colline où il habitait autrefois, mise à nu par l’opération de décasage, puis par le cyclone. “Quand on a vu les vents de Chido, on s’est dit : heureusement qu’on n’est plus dans les cases ! Aujourd’hui les habitants qui y vivent encore me disent : vous avez de la chance”. Reconnaissant d’avoir traversé le cyclone plus ou moins à l’abri, Nasser constate néanmoins que l’insécurité a augmenté depuis que le portail du quartier a été arraché. “Il faudrait plus de suivi”, ajoute-t-il, en évoquant les services de la Ville de Koungou, propriétaire du site.
Des tâches blanches sur les lèvres
Dans la cour, au milieu du site sur lequel jouent les enfants, de l’eau stagnante forme une petite mare, remplie de déchets. “Ce sont les eaux usées, les enfants jouent autour et ça leur donne des maladies”, estime Natasha en montrant la photo de son fils, les lèvres marquées par plusieurs tâches blanches. Ce matin, son mari l’a ramené à l’hôpital, et la famille attend d’en savoir plus. Un modulaire plus loin, un enfant est lui aussi abîmé au niveau de la lèvre. Interpellés à travers la grille, des membres de la Croix-Rouge sont venus faire une halte pour l’examiner sous le regard des habitants. Le second fils de Natasha s’est également blessé à la tête à cause d’un fer à béton en jouant à l’extérieur.
“Vous avez vu des associations, des personnes venir nous voir après Chido ?”, demande Natasha aux autres résidents, ces derniers désapprouvent les uns après les autres.
Le site et les modulaires appartiennent à la Ville de Koungou mais l’intérieur est à la charge de l’association Coallia qui loue les structures. Les habitants ne savent pas vraiment à qui s’adresser pour faire remonter leurs problèmes et leurs situations n’évoluent pas depuis plusieurs semaines.
Pas de visibilité sur la réparation des logements
La situation est plus ou moins identique à Majicavo Koropa, aux abords de la route nationale 1, dans les algécos gérés par l’association Mlezi Maore, eux aussi endommagés par le cyclone Chido. Seule différence, les résidents, principalement évacués du bidonville Talus 2, y habitent depuis 2023 et se sont déjà appropriés les lieux. “C’est la petite chanson habituelle, pour régler les problèmes Mlezi Maore me dit qu’il faut voir avec la mairie, la mairie me dit qu’il faut voir avec Mlezi Maore”, chantonne une résidente, assise au milieu d’un logement ravagé, appartenant à sa voisine.
Les vitres, les murs, les portes, les meubles… tout a été soufflé, emporté comme du carton. La pièce vide sert aux familles de lieux de rassemblement en attendant sa reconstruction. La propriétaire, absente ce lundi, est contrainte de vivre dans les petits bureaux exiguës du site avec ses enfants. « On a tout perdu et on ne sait pas si ça va être réparé. On n'a nulle part où aller donc on reste ici », raconte Anchoura, sa fille. Lycéenne au lycée des Lumières de Kawéni, elle a installé son ordinateur sur un bureau à côté du matelas où dorment ses petits frères. “J’ai perdu mes cours, mais bon j’arrive quand même à réviser”, explique-t-elle, gênée de montrer dans quelles conditions elle vit.
A ses côtés, son ami Yassine, lui aussi scolarisé au lycée des Lumières, à eu plus de chances. Son logement n’a pas été touché par Chido, mais il a vu le vent détruire l’appartement de son amie, collé au sien, et garde des séquelles. « J’ai eu peur parce que tout a tremblé et d’un coup tout s’est envolé”, se rappelle le jeune homme.
« Rien n’a résisté »
Les deux lycéens se remémorent leur enfance passée dans le bidonville du Talus 2. « C’était mieux là-bas, la maison était grande, on avait prévu de faire encore une extension. C’était une villa », souligne Yassine en montrant une photo de son père debout dans la maison, rangée dans un classeur rouge qu’il garde précieusement. « On avait tout, une machine à laver, un congélateur, c’était bien », complète Anchoura. Dans le quartier, tout le monde n’avait pas la chance de loger dans de telles conditions, mais ils se sentaient chez eux.
“Mais heureusement qu’on était pas là-bas pendant Chido, car rien n’a résisté”, tempère d’ailleurs le jeune homme. “C’est sûr ça aurait été pire, si on avait pas quitté notre bidonville il y aurait eu des morts comme à Kawéni”, ajoute Anchoura.
Si leurs nouveaux logements leur ont peut-être sauvé la vie, l’heure est à la reconstruction et celle-ci peine à arriver et c’est bien ici, dans leur maison en dur, un lieu construit pour les sortir de “l’indignité des bidonvilles”, que les deux amis se retrouvent sans portes, sans cloisons ni fenêtres. Au loin, à travers le trou dans le mur laissé par Chido, on peut apercevoir les maisons en tôles déjà reconstruites depuis plusieurs semaines.
Backstage
Après le cyclone Chido, la France entière a découvert l’existence des bidonvilles de Mayotte. Les images aériennes montrant maisons détruites et quartiers rasés ont choqué. Très vite, alors que le bilan humain n’était pas encore établi, le Gouvernement et les élus ont affiché un objectif clair : empêcher la reconstruction de ces habitations jugées dangereuses en raison de leur fragilité.
Cette fragilité, exposée au grand jour, a fourni un argument supplémentaire à celles et ceux qui soutiennent les opérations Wuambushu, lancées le 24 avril 2023, pour lutter contre l’insécurité, les bidonvilles et l’immigration clandestine. Des opérations, qui détruisent des quartiers entiers, rythment désormais le quotidien à Mayotte.
Après les démolitions, certaines familles se voient proposer des solutions de relogement, souvent temporaires. “Expulsées de force, en colère… le cyclone leur a-t-il fait prendre conscience de la précarité dans laquelle elles vivaient ? Du risque encouru dans les bidonvilles ? Et si elles avaient le choix, retourneraient-elles vivre dans leur ancien quartier ?”. Dès mon arrivée à Mayotte, je me suis posé ces questions.
Grâce aux services de la mairie de Koungou — que je remercie — j’ai pu visiter ces logements et passer du temps avec leurs habitants. Rapidement, j’ai constaté que ces familles vivaient avant tout dans le présent. Non par choix, mais par obligation. Les préoccupations matérielles, comme la sécurité du lieu, le portail cassé ou la santé, prenaient le dessus et laissaient peu de place à la rétrospection.
Il m’a fallu plusieurs minutes de conversation pour que certaines personnes se projettent dans ce type de réflexion. La plupart vivent dans un entre-deux : entre reconnaissance pour l’abri qui leur a sauvé la vie et nostalgie des moments passés dans leurs anciens quartiers. Ces sentiments s’entrecroisent, signe que, pour être vraiment « heureux » ou « apaisé », il ne suffit pas d’avoir une maison en dur : il faut aussi pouvoir construire un lieu de vie, individuellement et collectivement. Et pour certains, les maisons en tôle, bien que fragiles, le permettaient.
Pour toutes ces familles relogées, Chido est venu balayer ce processus. Il leur a rappelé leur vulnérabilité, physique, mais surtout mentale. Le vent les a délogées une nouvelle fois.



